Après un premier moment donné à de légitimes regrets, il oublia assez vite celle qui avait été toute sa vie, et il ne songea plus qu'à prolonger la sienne.

Depuis longtemps il sollicitait une pension du roi de France. Grâce aux instances de Mme de Boisgelin, du duc de Nivernais, de Mme de Grammont, de Mme de Beauvau, il obtint en juillet 1786 cent écus sur le Trésor royal. Avec quelques autres pensions qu'il devait à la libéralité de Stanislas, cela lui faisait un revenu de 3,100 livres qui le mettait à l'abri de la misère.

L'année suivante, après un silence de près d'un an, il écrivait à Mme de Boisgelin:

«A Lunéville, 30 juillet 1787.

«Je ne suis pas moins clément que Jésus-Christ, madame la comtesse; puisque vous aimez et que vous daignez le dire, tout vous est et vous sera toujours pardonné. Et quels torts vos bontés n'effaceraient-elles pas? En est-il d'ailleurs que ne doive me faire oublier le nom sacré de mon illustre amie, de mon adorable bienfaitrice. Rien ne me sera jamais plus respectable et plus cher que ce qui tient à elle de si près. Traitez-moi donc comme vous voudrez, madame la comtesse, et quand vous ne seriez pas la plus aimable femme que je connaisse, quand je ne serais pas accoutumé depuis plus de trente ans à vous aimer de toute mon âme, vous seriez toujours l'objet de mon plus tendre et de mon plus respectueux dévouement.»

Il ne peut hélas! donner de sa santé que des nouvelles déplorables. En un an, c'est-à-dire depuis la mort de Mme de Boufflers, il a plus vieilli que dans les dix années qui ont précédé. Ses infirmités augmentent tous les jours, il dépérit à vue d'œil. Il est d'une faiblesse et d'un affaissement qui tiennent de la décrépitude et qui sont tels qu'il peut à peine faire quelques tours de promenade. Il ne voit plus devant lui que les douleurs et la mort; heureux si l'une peut venir sans les autres.

Pour occuper sa solitude, Panpan a repris un morceau de tapisserie qu'il avait commencé il y a dix ans; c'est sa seule distraction. Si Mme de Boisgelin avait par hasard des rebuts de cette soie de fantaisie qu'on appelle filosèle, quelle que soit la couleur, elle ferait un véritable acte de charité en les lui envoyant; tout lui serait bon.

Un nouveau malheur allait frapper le pauvre Panpan. En 1787, il a la douleur de perdre sa fidèle Marianne, cette gouvernante si utile, si attachée, si économe, qui, depuis tant d'années, sait si bien conduire sa maison. C'est une perte irréparable, qui non seulement fait souffrir son cœur, mais est désastreuse pour ses intérêts.

L'année 1787 fut fatale aux contemporains de Mme de Boufflers; nous avons vu déjà que sa cousine la maréchale de Luxembourg avait succombé dans les premiers jours de janvier. Au mois de novembre Mme de Bassompierre la suivit dans la tombe. Mais la pauvre comtesse était depuis longtemps dans un état si lamentable que la mort fut un bienfait pour elle.

La pension supplémentaire que Panpan avait si vivement sollicitée en 1786 allait lui causer les plus cruels tourments. En effet, en 1787, on mit un impôt de dix pour cent sur les pensions au-dessus de 3,000 livres. Comme celles de Devaux s'élevaient à 3,100 livres, il tombait sous le coup de la nouvelle loi et il allait perdre 300 écus.