M. et Mme de Boisgelin furent moins heureux que M. et Mme de Beauvau.
En 1794, sur une dénonciation, ils furent enfermés dans la maison d'arrêt du Luxembourg, puis à la suite d'un soi-disant complot, ils en furent extraits le 18 messidor, et ils comparurent devant le tribunal révolutionnaire.
Avec eux se trouvaient le prince d'Hénin, Potier ci-devant duc de Gèvres, Papillon de la Ferté, Laroche Lambert, les deux Goussainville, Mique, l'ancien architecte du Tyran de Pologne, son fils, homme de loi, etc. Ils étaient en tout soixante et un.
Voici le réquisitoire de Fouquier-Tinville:
«Les chefs de la conjuration formée contre le gouvernement révolutionnaire sont tombés sous le glaive de la loi; ils ont laissé des complices, qui, dépositaires de leurs plans, emploient tous les moyens pour les mettre à exécution. Le tribunal a connu leurs tentatives, toujours infructueuses et toujours renaissantes, dans les maisons d'arrêt de la commune de Paris, et le châtiment mérité déjà infligé à plusieurs coupables n'a pas découragé les conspirateurs qui s'étaient flattés qu'ils resteraient toujours impunis au milieu des victimes qu'ils sacrifiaient à leurs intrigues et à leurs complots. Ils viennent encore de renouveler leurs tentatives dans la maison d'arrêt du Luxembourg... On remarque parmi les prévenus les dignes agents de Dillon, des ex-nobles comme lui, on y remarque de ces hommes masqués en patriotes, pour en imposer au peuple, et qui, sous les apparences d'un zèle patriotique immodéré, voulaient déchirer l'empire pour le livrer aux despotes coalisés et à toutes les horreurs d'une guerre civile; enfin on y voit les cruels ennemis de la souveraineté et de la liberté des peuples, ces prêtres dont les crimes ont inondé le territoire français du plus pur sang des citoyens, etc., etc.»
Tous les accusés, «ayant été convaincus de s'être déclarés les ennemis du peuple en conspirant contre sa liberté et sa sûreté, provoquant par la révolte des prisons, l'assassinat et tous les moyens possibles la dissolution de la représentation nationale, le rétablissement de la royauté et de tout autre pouvoir tyrannique», furent condamnés à mort et leurs biens confisqués.
L'exécution devait avoir lieu dans les vingt-quatre heures, sur la place dite «barrière de Vincennes». On était probablement pressé, car les infortunés furent conduits au supplice le jour même de leur condamnation.
M. de Boisgelin était âgé de soixante et un ans et sa femme de cinquante-neuf[ [202].
On peut supposer la douleur qu'éprouva l'ancien lecteur de Stanislas en apprenant la fin tragique de cette «divine mignonne» qui avait été élevée près de lui et qu'il aimait comme une fille. A partir de cette époque Panpan ne fit plus que végéter misérablement.
Depuis quelques années ses douleurs physiques avaient été sans cesse en augmentant et il n'était plus que l'ombre de lui-même. Ses douleurs morales, les privations, le besoin contribuaient encore à l'accabler.