«Que dites-vous de ce sang-froid, quand c'est à lui qu'on en voulait? Du reste, il a une figure douce et agréable, il parle peu aux femmes, et en général dans la société, mais ses manières sont obligeantes, et sa femme est la plus aimable personne qu'il y ait. Elle est bonne et agréable. On dit qu'il n'y a point de services qu'elle ne se soit plu à rendre dans les temps passés et que bien des gens lui doivent la vie.
«Je me plais à les aller voir souvent et à leur témoigner une partie de ce que j'éprouve en les voyant au milieu de la foule qui les environne. Je ne peux pas trop me flatter que mon hommage soit distingué, mais c'est de bon cœur que je leur rends et que je fais des vœux pour leur sécurité et prospérité.
«C'est en courant que je vous écris, c'est en courant que je vous aime. Je n'ai pas un moment ici. La distraction de Paris n'est pas croyable; il y a tant et tant de nouvelles connaissances à faire pour moi et puis la paix qui nous donne de belles fêtes que je veux voir, car toute vieille que je suis, je ne cède pas ma part aux jeunes gens. Par d'autres motifs à la vérité, mais chacun jouit à sa manière. Elles y sont actrices et moi spectatrices et ce rôle est bien plus commode que l'autre.»
Quelque temps après, Mme de Sabran écrivait encore à propos de Buonaparte, qu'on disait malade:
«Dieu nous le conserve, c'est le vœu de tous les bons Français, car on peut le regarder comme le palladium de la France et même comme le palliatif à tous les maux généraux et particuliers.[ [210]»
Boufflers et sa femme, dès leur retour à Paris s'étaient logés rue du faubourg Saint-Honoré, no 114, dans un appartement plus que modeste et ils y vivaient très chichement.
Le chevalier chercha tout de suite une place pour améliorer sa situation, mais il était vieux, ne savait pas grand'chose, et ses efforts furent stériles; alors il reprit sa plume et publia des articles, des poésies dans différents recueils; il en tirait ainsi quelque argent.
Bientôt il eut des ressources suffisantes pour louer une petite propriété, nommée Saint-Léger, dans le voisinage de Saint-Germain; il y passait l'été et il s'y faisait agriculteur.
«Voilà mon dictionnaire de rimes, disait-il en montrant sa charrue et sa herse.»
«Voilà mes poésies, disait-il en montrant ses blés, ses luzernes et ses avoines. Ici je suis toujours en belle inspiration, je communie avec la nature; c'est là une œuvre pie qui me fera pardonner toutes mes œuvres légères.»