«Voilà ma situation: si je n'ai pas davantage, c'est la faute du sort; si je n'ai point assez, c'est la mienne.»

Pas une lettre du chevalier où il ne couvre d'éloges la vieille amie de sa mère, où il ne rende justice pleine et entière aux rares qualités de son esprit et de son cœur. En 1806 il lui écrit encore:

«Paris, 4 octobre 1806,
rue Verte Saint-Honoré, no 36.

«... Vous vous ressemblerez donc toujours, chère et brave amie, c'est-à-dire que vous serez toujours nouvelle et que personne autre ne vous ressemblera jamais. Le temps a beau faire, il n'a pas plus de prise sur votre esprit que le fer sur le diamant, et s'il y touche, c'est pour le brillanter... Tâchez, si jamais le sort me permet de revoir ma patrie, que j'y retrouve au moins celle qui, avec ma mère, en faisait l'ornement. Je vous vois d'ici comme je vous ai vue pendant les deux charmants jours que j'ai passés à Sommerviller, vous mettant tout naturellement à la portée de chacun, et au-dessus de tous par la simplicité de vos manières et la hauteur de vos sentiments; montrant sans affectation et sans effort comment il faut supporter les coups de la fortune, les peines de la vie et même l'injustice des hommes; aidant les uns de vos conseils, les autres de vos bienfaits, répandant, pour le bonheur de tout ce qui vous entoure, votre âme, votre esprit et le peu qui vous reste d'argent, car on a pu vous empêcher d'être riche, mais non pas d'être généreuse.»

A partir de 1807, Mme de Boufflers commença à souffrir de rhumatismes très douloureux et elle se trouvait souvent dans l'impossibilité de marcher. On lui conseilla les eaux de Plombières et elle s'y rendait chaque année dans l'espoir de trouver un soulagement à ses maux. Le chevalier l'y accompagnait toujours et il était impossible de voir mari plus tendre, plus attentif pour sa vieille compagne; il ne la quittait jamais; tantôt on le voyait lui donnant le bras pour l'aider à marcher; tantôt, quand les souffrances étaient trop vives, il la traînait dans une petite voiture en l'entourant de soins maternels.

Touchée d'une si persistante affection, Mme de Boufflers écrivait à son fils le 31 juillet 1809:

«J'ai pu aujourd'hui monter sur les montagnes avec ce bon petit père qui me portait un peu, non sur son dos, mais sur son bras, car il est d'une complaisance extrême pour moi et l'édification de tout Plombières. Tout le monde dit qu'on n'a jamais vu un aussi bon mari.»

En 1810, pendant son séjour annuel à Plombières, Boufflers apprit que Mme Durival venait d'être frappée de paralysie et que la marche lui était devenue impossible; c'est la malade elle-même qui s'était chargée d'annoncer la triste nouvelle. Le chevalier lui écrit pour la consoler ces lignes touchantes:

«Plombières, ce 1er septembre 1810.