«Adieu, amour, nous vous aimons tous et nous vous souhaitons tous toutes les années comme la fin de l'autre.»

Il est vraiment bien singulier que Mme de Boufflers et Mme de Lenoncourt aient éprouvé pour Panpan un si vif attachement et on a peine à se l'expliquer. Toutes deux l'aiment profondément et le lui prouvent de mille manières. Plus tard nous verrons Mme Durival s'éprendre également pour le Veau d'une véritable passion. Toutes ces dames raffolent de lui et ne peuvent s'en passer. C'est une joie sans pareille quand, à force de sollicitations, il consent à venir passer quelques jours chez l'une ou l'autre de ses amies. Quel attrait, quel charme pouvait donc avoir ce vieux Panpan pour enchaîner ainsi les cœurs?

Ce n'était pas sa beauté plastique, car la nature l'avait peu favorisé sous ce rapport. Ce n'était pas davantage la chaleur de son tempérament, car il était coutumier, nous le savons, de ces défaillances intempestives qui rendaient sa conversation si décevante dans les meilleurs moments. Était-ce son esprit? Il devait en avoir, mais en même temps, il était tatillon, maniaque, et avec l'âge, il devint égoïste, exigeant, insupportable. Quoi qu'il en soit et bien qu'il eût, à notre sens, peu de qualités pour leur plaire, Panpan était adoré des dames, et c'est un fait que nous devons constater.

Mme de Boufflers, Mme de Lenoncourt, Panpan, ont la douce habitude de s'offrir des étrennes, mais naturellement les cadeaux sont modestes et en rapport avec leurs situations de fortune; des jeux, des plumes, du papier, des macarons, des dattes, des confitures de mirabelles, de coetches, des objets d'ameublement, etc. Le 1er janvier 1769, Mme de Lenoncourt, pour être sûre de mieux lui complaire, demande à Panpan ce qu'il désire:

«Ne manque-t-il rien à votre ménage? lui écrit-elle plaisamment. N'avez-vous pas besoin de quelques pots cassés et de quelques vieux paravents déchirés? Vous savez bien que Mme de Boufflers et moi, nous sommes toujours prêtes à vous faire de ces sortes de présents.»

Ce n'est pas seulement à l'époque des étrennes que nos amis échangent de petits cadeaux. Chaque fois qu'il en trouve l'occasion, le Veau fait preuve vis-à-vis de ses amies d'aimables attentions. Elles ne sont pas toujours couronnées de succès. En juin 1769, il adresse à Mme de Lenoncourt une caisse d'objets divers, mais, hélas! dans quel état arrive-t-elle?

«J'ai ouvert votre caisse avec empressement, écrit la marquise; savez-vous ce que j'ai trouvé, mon Veau? Tous les pots cassés, les écailles, les confitures, la paille, le papier, tout cela pêle-mêle. Je n'ai jamais vu un tel gâchis! Rien n'est sauvé. Cela s'appelle une vraie déconfiture.»

Comme consolation, il a fallu payer 8 francs de port, ce qui est monstrueux!

Cependant Panpan souhaiterait posséder le portrait de son amie pour le placer dans sa galerie au milieu de tous ceux qui lui sont chers. Il a même déjà composé un quatrain qui sera gravé au-dessous de la chère image. Mme de Lenoncourt ne demande pas mieux que de satisfaire un désir si légitime, mais à qui s'adresser? comment doit-elle s'habiller? Le comte de Cucé s'est fait peindre dernièrement, il a été très satisfait; elle va lui demander le nom de l'artiste, et si cela ne coûte pas «des trésors», elle le fera venir; tant pis si elle se ruine; après tout, elle «ne veut pas donner à son Veau une enseigne à bière!»

Pour mettre le comble à tous ses ennuis, la pauvre Mme de Lenoncourt «jouit» en effet d'une détestable santé. Elle se plaint sans cesse: tantôt elle a «un clou au derrière» qui la fait cruellement souffrir; tantôt, ce qui est plus grave et plus pénible, elle a des maux de tête horriblement douloureux, tantôt des rhumatismes, des vapeurs, etc., etc. Elle a voulu consulter Tronchin, qui fait courir tout Paris, mais on ne peut l'aborder. «Personne ne peut en obtenir une visite.»