Tu m'as aimé, Myrza.

«Tu m'as aimé, Myrza, et alors tout l'univers était plein de mon bonheur; quand le parfum des roses s'élevait dans les airs, quand le zéphir léger agitait la feuille nouvelle, quand le concert des oiseaux célébrait le retour du soleil naissant, tu venais dans ces prairies retrouver ton berger. Nous admirions ensemble le beau spectacle de la nature rajeunie, et je disais dans mes tendres transports:

«C'est toi, ô Mirza, qui répands sur l'Univers le charme que j'éprouve, et, te contemplant, c'est toi que j'aime dans l'éclat des fleurs, dans la fraîcheur des bois, dans le murmure des fontaines; c'est toujours Mirza que j'entends, Mirza que je touche;

«Et toi, tu levais les yeux au ciel, tu les promenais ensuite sur la terre, tu fixais tes regards sur le cristal tranquille du ruisseau qui serpentait à nos pieds et tu disais:

«Les dieux ont découvert à mes yeux toutes les beautés de la nature; ils ont enivré mes sens et ils m'ont donné Amintas sans qui je n'aurais jamais senti.»

«Où sont-ils, ô Mirza! ces tourments heureux que passaient nos deux cœurs serrés l'un contre l'autre! où sont-ils ces baisers délicieux pour les lèvres qui les donnaient, et pour les lèvres qui les rendaient; où sont-ils ces transports voluptueux d'un amour innocent, qui marquaient tous nos instants par de nouvelles jouissances; ils ne sont plus faits pour moi car tu m'as abandonné, et tu ne les sentiras plus, car tu es infidèle.


«Voilà, en vérité, une fort jolie petite idylle pour avoir été faite au cabaret, par un petit Gessner, las comme un petit chien; vous en aurez bientôt une plus belle, mais j'attendrai que la nature soit un peu embellie, car, par le temps qu'il fait, il faut avoir le diable au corps pour la chanter; il faut que les poètes champêtres se taisent pendant quelques mois de l'année, comme il faut que les amants soient sages pendant quelques jours du mois.

«Faites bien des idylles de ma part à cette belle ambassadrice de France à Vienne et à cette charmante ambassadrice de Vienne en France. Si vous rencontrez M. de Caraman, faites-lui aussi une idylle pour moi. Entendez-vous, belle Zilia?»

Boufflers n'était pas moins facétieux quand il écrivait à sa mère. Voici une lettre qu'il lui adressait quand il guerroyait avec l'armée de Contades. Il ne s'y montra pas à la vérité fils très respectueux, mais Mme de Boufflers était pleine d'indulgence pour son fils préféré, et elle fermait volontiers les yeux sur ses incartades de langage.