«Jeudi.
«Je vous renvoie la lettre de Mme de Grammont; je ne sais pas si je dois faire mon remerciement avant l'arrivée du brevet que j'attends de jour en jour et qui viendra fort à propos pour mes chevaux, à qui il procurera quatre rations de fourrage par jour. C'est à vous à m'instruire là-dessus. Je ne vous remercie pas de vos soins parce que j'imagine que vous avez eu autant de plaisir à m'obtenir ce que je demandais que j'en aurai à le recevoir. D'ailleurs, depuis que vous avez eu la bonté de me faire présent de moi-même, il me semble qu'il ne me reste plus de reconnaissance à vous marquer de tous les autres petits services que vous aurez pu me rendre. C'est un grand présent que celui que vous m'avez fait en 1738; je ne sais pas où j'ai pu mériter tant de bonté de votre part, ni quel est le mortel généreux qui dans ce temps-là a plaidé ma cause et vous a enfin déterminée à vous donner pour moi des soins dont j'étais indigne.—Vous savez vous-même si c'est par mes importunités que j'ai obtenu cette faveur-là. Avant le moment heureux où vous voulûtes bien me... et me regarder comme votre enfant, je n'avais point eu d'accès auprès de vous; content de la petite place que le sort m'avait assignée, j'étais resté inconnu de tout l'univers, quand tout à coup il se présenta une occasion de faire ma fortune. J'engageai quelqu'un qui avait l'honneur d'être connu de vous à vous parler en ma faveur, il y mit tant de zèle qu'il vous persuada, et c'est à lui que j'ai l'obligation de tout ce que vous avez fait pour moi.
«Je vous envoie des chansons qui ont échappé à ma muse tremblante au milieu des horreurs de la guerre. En voici une sur l'air de Joconde à M. de Laverre qui, par parenthèse, n'est pas aussi agréable qu'il est joli; il s'agissait de certaine qualité dont on le disait dépourvu.
En te refusant des besoins,
Nature fut sévère;
Elle ne t'a pas, en tout point,
Fait semblable à ton Père.
Et si malgré son peu de soins,
Tu dis qu'elle est ta mère,
La bonne dame, tout au moins,