«Rien n'est plus digne de compassion, écrivait-elle, une grande dame, d'une très bonne conduite, beaucoup d'esprit, beaucoup d'agrément, toutes ces choses réunies, ce qui en résulte, c'est d'être l'esclave d'une infâme... mais il n'y a plus de remède, elle a perdu la cadence, elle ne peut plus retrouver la mesure.»
«C'est bien dommage que le cœur et le caractère de cette femme ne répondent pas à son esprit et à ses grâces. Elle est sans contredit la plus aimable de toutes les femmes qu'on rencontre, je lui trouve beaucoup plus d'esprit qu'aux Oiseaux et ces Oiseaux valent pour le moral encore moins qu'elle.»
Pendant que les cercles de la Cour étaient bouleversés par tous ces événements, Mme de Boufflers continuait à mener une vie des plus mondaines et à fréquenter tous les salons de la capitale. Tous, cependant, ne l'accueillaient pas avec le même plaisir et ne paraissaient pas goûter au même degré le charme de son esprit et l'agrément de sa société.
Mme du Deffant, dont la demeure hospitalière s'ouvrait si volontiers devant la maréchale de Luxembourg et ses amies, ne paraît pas avoir éprouvé une sympathie très vive pour la marquise de Boufflers, pas plus du reste que pour Mme de Boisgelin et Mme de Cambis. Elle a baptisé ces trois dames «les Oiseaux de Steinkerque», probablement en souvenir de la célèbre bataille gagnée par le maréchal de Luxembourg[ [55]. Chaque fois qu'elle parle de l'inséparable trio, c'est sous ce vocable qu'elle le désigne, mais toujours avec un certain ton dédaigneux, et elle pousse même l'insolence jusqu'à désigner Mme de Boufflers sous le nom irrévérencieux de «la mère Oiseau». Elle ne laisse jamais échapper l'occasion de lancer quelque trait mordant sur «ces volatiles», sur «leur ramage», leur «plumage», etc. Leur conversation, qu'elle trouve frivole et sans intérêt, ne l'enchante pas plus que leur caractère: «Les opéras, les comédies, les ouvrages tant anciens que modernes, les robes, les rubans, les pompons, voilà les sujets de leurs conversations,» écrit-elle avec mépris.
Cependant, malgré le peu de sympathie qui existe entre la vieille aveugle et les Oiseaux, en apparence, conformément aux usages du monde, on est au mieux, on se fait mille politesses, mille coquetteries, on se reçoit, on soupe les uns chez les autres, on échange de petits vers louangeurs.
Un jour, les Oiseaux composent une chanson sur le célèbre tonneau de la vieille marquise:
Ce n'est pas quand on voyage
Que l'on trouve le plaisir;
Ce n'est que près du rivage