Elle écrit à Walpole le 26 décembre:

«Je pense comme vous sur les Oiseaux, je ne leur trouve nul attrait. C'est une société dangereuse. Leur fureur pour le jeu est contagieuse... on joua chez moi dimanche jusqu'à cinq heures du matin; le Fox perdit 450 louis. Ce jeune homme ne sera pas quitte de son séjour ici pour 3 à 4,000 louis.»

Heureusement les Oiseaux ne tiennent pas en place, ils disparaissent souvent et leur absence, loin de chagriner Mme du Deffant, lui cause une satisfaction qu'elle ne dissimule pas à son amie Mme de Choiseul; celle-ci, fort indulgente, lui répond:

«Fontainebleau, 16 octobre 69.

«Les Oiseaux, dites-vous, sont envolés. Comment, tout de suite, comme cela, sans raison?—Cela ressemble bien en effet à des oiseaux. J'avoue que je n'en suis pas trop fâchée. Vous savez que je ne partage pas le goût de Mme de la Vallière pour les Oiseaux; tant de grâces, de légèreté, ne conviennent point à une grand'mère. Si ces Oiseaux vous amusaient cependant, je désire qu'ils vous reviennent, on ne peut disconvenir qu'ils n'aient un très joli ramage.»

Depuis qu'il habitait la capitale, Saint-Lambert, nous l'avons vu, était devenu fort à la mode; l'amitié du prince de Beauvau, une bonne fortune éclatante, des poésies fugitives fort appréciées, tout avait contribué à augmenter sa réputation et à lui faire obtenir dans la société une place des plus enviables.

Il travaillait depuis de longues années à un poème des Saisons, sur lequel il comptait pour asseoir définitivement sa réputation. Il l'avait commencé à Lunéville du temps de Mme du Chatelet, et depuis il avait fait maintes lectures dans les salons de morceaux détachés, qui tous avaient obtenu le plus grand succès.

En 1769, le poème étant enfin terminé, l'auteur le livra à l'impression.

Quand l'ouvrage parut, ce fut un cri d'enthousiasme dans le camp des philosophes; l'esprit de secte dominait tout, et Saint-Lambert étant des leurs, peu importait le mérite du poème, il fallait qu'il obtînt un éclatant succès.