«Ah! que vous en parlez avec justesse, lui répond Walpole, le plat ouvrage! Point de suite, point d'imagination! une philosophie froide et déplacée... des apostrophes tantôt au bon Dieu, tantôt à Bacchus..., c'est l'Arcadie encyclopédique...»
Ravie d'un jugement qui, au fond, était le sien, la marquise répond à son ami:
«Votre analyse de Saint-Lambert a débrouillé tout ce que j'en pensais; c'est un froid ouvrage et l'auteur un plus froid personnage.» Elle ajoute méchamment: «Les Beauvau se sont faits ses Mécènes. Oh! qu'il y a des gens de village et des trompettes de bois! Peut-être y a-t-il encore quelques gens d'esprit, mais pour des gens de goût, pour de bons juges, il n'y en a point...»
Le succès de Saint-Lambert ne fut pas sans mélange et l'enthousiasme des gens de lettres ne fut pas universel. Les enfants perdus de la littérature se permirent quelques critiques, Fréron et Palissot, entre autres, ne ménagèrent pas l'auteur des Saisons. Les épigrammes pleuvaient de tous côtés, une entre autres fit fureur:
Saint-Lambert s'enroue à nous dire:
«Mon poème doit être bon
Car j'ai mis trente ans à l'écrire.
Trente ans! vous dis-je.» Et pourquoi non?
Il en faut autant pour le lire.
Ces critiques faisaient le désespoir du poète. Que devint-il quand il apprit qu'un jeune homme, M. Clément, préparait contre lui un véritable pamphlet. Non content de couvrir de ridicule les Saisons, Clément se permettait quelques plaisanteries sur la Doris du poème, or il n'était que trop facile de reconnaître dans la Doris Mme d'Houdetot[ [56].