Saint-Lambert, dans son discours, crut devoir louer outrageusement ceux qui l'avaient nommé et Grimm raille agréablement cette reconnaissance exagérée:
«On a, dit-il, donné à M. de Saint-Lambert, lorsqu'il est entré à l'Académie, un encensoir, à condition qu'il en dirigerait les coups, non seulement en arrière sur les fondateurs, mais encore en avant sur les principaux nez académiques. Le nouvel élu a fait son devoir d'encenseur à merveille, et il n'y a point d'habitué de paroisse qui sache mieux lancer le sien vers le porteur du Saint-Sacrement.»
CHAPITRE VII
1770
La marquise de Lenoncourt quitte Paris.—Mme de Boufflers songe à suivre son exemple.
La vie de Mme de Lenoncourt dans la capitale devenait de jour en jour moins agréable, elle souffrait de sa pauvreté, de son isolement, l'ennui la gagnait et aussi la misanthropie.
«J'ai trouvé dans la vie tant de gens qui ne voulaient pas m'aimer, écrit-elle tristement, et qui ne voulaient pas que je les aimasse, tant de sots, tant de gueux, qu'ils m'ont enfin dégoûté d'eux.»
Cependant à la fin de 1769, elle eut tout à coup l'espoir d'une meilleure fortune. Des parents bienveillants s'étaient occupés d'elle et ils l'assuraient qu'ils allaient lui faire obtenir 8,000 livres de rente. Comme elle en possédait déjà 8,000, son revenu se trouverait doublé, et elle serait ainsi complètement à l'abri du besoin. Dans son ravissement, elle écrit à son ami Panpan ces lignes touchantes:
«Quand cela sera bien constaté, je vous en ferai part, et j'espère qu'alors rien ne troublera notre paix intérieure, car vous m'avez promis que quand je serai riche, tout ce qui m'appartiendrait serait à vous. Si vous ne me tenez pas cette parole, mon Veau, nous nous brouillerons irrémissiblement.»
Pendant que les négociations continuent, Mme de Lenoncourt fait agir toutes les influences dont elle dispose: «Je me démène comme une possédée pour avoir mes picaillons,» écrit-elle. C'est pendant Fontainebleau que la chose doit se décider, et naturellement la pauvre femme est dans une anxiété terrible qui trouble complètement sa vie. On la tourmente avec toutes ces espérances, qui peut-être ne se réaliseront pas; ne vaudrait-il pas mieux lui dire: «N'y pensez plus». Plus le moment décisif approche, plus son angoisse augmente et sa philosophie ordinaire est impuissante à lui faire envisager l'avenir avec calme.