Il termine sa lettre par des félicitations au sujet de l'heureuse délivrance de sa cousine Mme de Poix, qu'il aimait beaucoup:

«Recevez, mon prince, tous mes compliments sur le glorieux grade de grand-père que vous venez d'acquérir. J'aime bien tendrement Mme de Poix, mais elle me vieillit trop, je ne m'accoutume pas à voir enfanter ce que j'ai vu naître et je ne lui pardonnerai qu'à condition que ses enfants lui ressembleront[ [74]

Boufflers part de Vienne le 10 mars, mais quand il arrive à la frontière de Pologne, il s'aperçoit avec douleur que rien n'est prêt, qu'on n'a réuni aucun des hommes qu'on s'est engagé à lui fournir, qu'aucune des promesses qu'on lui a faites n'a été tenue et que le «gâchis» est à son comble. «Les maréchaux polonais se moquent de la Confédération, écrit-il, ils prennent l'argent de tout le monde et les ordres de personne.»

Naturellement l'argent manque complètement; aussi la guerre «qu'ils feront ne sera pas la guerre des esclaves, mais celle des gueux. Il leur faut apprendre à se passer de tout et prendre Épictète pour président de leur conseil de guerre».

Boufflers attend quelque temps sur la frontière dans l'espoir que les choses s'arrangeront dans un sens favorable, mais il ne trouve de la part des Confédérés que froideur, chicane et mauvaise volonté:

«Cela m'a appris, dit-il, que les Polonais étaient des fripons, ce que je savais déjà très bien, et que j'étais un sot, ce que je ne savais pas encore assez.»

Le pauvre chevalier trouve tout simple d'avoir été «trompé et architrompé» par les Polonais et leurs adjudants, mais il est furieux contre M. Durand qui connaissait le fond des choses et qui aurait pu lui épargner un voyage de 400 lieues, «coûteux, pénible, ennuyeux et ridicule.»

Il s'ennuie à périr, il est plein d'inquiétude et de chagrin:

«La peine n'est rien, écrit-il, mais l'ennui des contradictions, le sentiment perpétuel de sa propre faiblesse, l'ingratitude des gens qu'on sert, la mauvaise volonté de ceux dont on dépend, sont des tortures pour l'âme.

«Je reviendrai en France me consoler avec toutes les filles de la rue Saint-Honoré, car ce sont les seules avec qui les négociations et les entreprises soient sûres du succès; il est vrai qu'on s'en repent quelquefois, mais j'aime mieux le repentir que les contradictions, parce que le mal vaut mieux après qu'avant.»