«Les voyageurs furent conduits à Kappellangaarden, où l'on ne comprend pas le français; mais ils se firent comprendre en dessinant un cercle dans lequel ils mirent un point qu'ils appelèrent Paris, expliquant par geste l'ascension du ballon et que les Prussiens avaient tiré sur eux. Plus tard on les conduisit à Kroasberg, dans la nuit, vers deux heures. Ils étaient munis de pièces d'or, dont ils donnèrent dans leur joie quelques-unes à un pauvre petit garçon.
«A Drammen, ils reçurent leurs cinq sacs de poste, pesant 230 livres, leurs six pigeons voyageurs et leurs autres objets qu'ils avaient laissés dans la nacelle: une couverture, deux bouteilles et demie de vin, un baromètre, un sextant, un thermomètre, un drapeau de signal, une casquette d'officier, etc., etc.
«Ils se déterminèrent à donner à l'université de Christiania le ballon qui mesure une hauteur de 2,000 m.c. et qui en quinze heures a fait un trajet de plus de 300 lieues.
«Il sera d'abord exposé à Christiania et le profit de la recette sera offert aux blessés français.»
M. Rolier nous a fait l'honneur de nous rendre visite tout récemment; nous avons pris le plus vif plaisir, à entendre de sa bouche le récit de ses périlleuses aventures, vraiment dignes de Jules Verne ou d'Edgard Poë. Il n'y a qu'un voyage aérien qui puisse se comparer à celui-là; c'est la grande traversée de Green qui, parti de Londres, passa la Manche, franchit la France entière, une partie de l'Allemagne, pour descendre vingt heures après son départ dans le duché de Nassau. Mais cette grande excursion de Green ne s'est pas exécutée dans des circonstances aussi dramatiques.—M. Rolier et son compagnon ont eu l'impression d'une perte imminente, presque certaine.—Égarés dans les profondeurs de la mer du Nord, ils devaient se préparer à la plus horrible des morts!
Une des parties les plus intéressantes du récit de M. Rolier est relatif à son séjour à Christiania.—L'enthousiasme des Norvégiens était extrême, on fêtait partout les voyageurs; dans des banquets, dans des réunions on portait des toasts à la France. Des dépêches télégraphiques étaient lancées de toutes les villes du royaume pour féliciter les Français tombés des nues. Les dames envoyaient à M. Rolier des souvenirs, des bouquets, des cadeaux; l'heureux aéronaute, en descendant du ciel, avait trouvé le paradis sur la terre!
DE PARIS EN HOLLANDE.
29e Ascension. 24 novembre.—L'Archimède (2,000 mèt. cub.). Aéronaute, J. Buffet, marin.—Passagers: MM. de Saint-Valry et Jaudas.
Dépêches: 220 kil. Pigeons: 5.
Départ: gare d'Orléans. Minuit 45.
Arrivée: Castelré (Hollande), 6h. 45m.
L'aéronaute de l'Archimède, M.J. Buffet, n'est pas seulement un marin de coeur, c'est aussi un homme distingué, qui a publié dans le Moniteur de Tours une lettre très-intéressante, qui mérite d'être publiée. Ce récit respire la vérité, et donne une excellente idée des premières impressions aériennes.
«Mon cher ami,