Monsieur,

Je crois que le moment est venu de mettre à profit les renseignements que l'emploi des ballons captifs peut fournir sur les positions de l'ennemi. En conséquence, je vous prie de vouloir bien venir demain au quartier général, à 8 heures et demie du matin, conférer avec mon chef d'état-major général, au sujet des expériences aérostatiques que vous pouvez organiser pour étudier le terrain autour du Mans.

Recevez, monsieur, l'assurance de ma considération.

Le général en chef,
P.O. Le général chef d'état-major,
VUILLEMOT.

A M. Tissandier, chargé des reconnaissances aérostatiques de la 2e armée.»

12 janvier.—A 8 heures je cours au quartier général, la joie dans l'âme. La journée d'hier a dû être favorable, comme nous le pensons. Le général Chanzy est à la veille de remporter une grande victoire, avec quel bonheur nous allons gonfler nos ballons, avec quel enthousiasme nous allons procéder à nos ascensions devant l'ennemi!

Nous arrivons mon frère et moi au quartier général, en face la préfecture du Mans. Nous entrons dans le salon où se tiennent le chef d'état-major et les officiers d'ordonnance; ces messieurs, semblent affairés, navrés, abattus. Quelque chose de sinistre est dans l'air.

—Vous voilà, me dit l'un d'eux, vous venez chercher l'ordre du général? Eh bien! vous pouvez vous sauver de suite, replier votre matériel, et partir à la hâte si vous ne voulez pas être pris par les Prussiens.

—Est-ce une plaisanterie?

—C'est bien la triste réalité. Nos positions ont été tournées cette nuit. Les mobilisés ont lâché pied à 4 heures du matin du côté de Pontlieu. La retraite a été ordonnée. Elle commence depuis 5 heures du matin. Tout le matériel de guerre s'évacue sur Laval. Partez, vous n'avez pas un moment à perdre, si vous voulez sauver vos ballons.