Vendredi 13.—Nous allons à la mairie, chercher des billets de logement pour nous et nos hommes d'équipe.
Dans la journée nous recevons des nouvelles du Mans. La ville a été prise une heure après notre départ. L'arrière-garde française s'est battue sur la place des Halles. Il y a 10,000 Français faits prisonniers. Les Prussiens se sont emparés à la gare de deux cents fourgons, et de trois machines à vapeur. Les derniers trains n'ont pas pu marcher, car la voie était encombrée par les troupes en débâcle.
Le train qui est parti après le nôtre à 1 heure 30, a été criblé d'obus, et plusieurs hommes ont été tués. Pour surcroît de malheurs, il a déraillé à 5 kilomètres de Laval. Il y a eu 13 voyageurs écrasés dans les fourgons.
Cette journée est décidément riche en nouvelles horribles. Le ballon le Képler vient de tomber aux portes de Laval. Il donne d'épouvantables détails sur le bombardement de Paris.
Il parait d'autre part que l'armée de Bourbaki est perdue dans l'Est et que celle de Faidherbe, dans le Nord, occupe des positions difficiles.
Que peut-on nous apprendre encore?
Samedi 14 janvier.—Mon frère et moi, après avoir passé une excellente nuit dans de bons lits, chez M.D., nous retrouvons Bertaux et Poirrier à l'Hôtel de Paris. Nous allons voir le marin Roux, l'aéronaute du Képler. Il nous dit que le fort de Rosny n'est pas pris comme on l'a affirmé, que Paris à encore des vivres, mais que le bombardement a commencé dans le quartier Latin.
Nous rencontrons le général de M... qui nous félicite d'avoir sauvé notre matériel. Il regrette que l'on n'ait pas utilisé à temps nos aérostats.
—On retombe toujours dans les mêmes errements, dit-il, fatiguant les hommes inutilement, les lassant, les décourageant, et quand le moment est venu d'agir, l'énergie, dépensée à l'avance, est épuisée.—L'armée de Chanzy a été perdue au Mans par la fuite des 10,000 mobilisés de Pontlieu qui ont lâché pied à quatre heures du matin au premier coup de feu. 600 bons soldats valent bien mieux que ces hommes inexpérimentés, ne sachant pas se servir de leurs armes et écoutant les alarmistes qui leur disent que leurs fusils ne valent rien. Toujours les mêmes erreurs, on compte sur le nombre des hommes, au lieu de ne se baser que sur leur valeur comme soldats.
—Mais, général, répondis-je, une lueur d'espoir est-elle encore permise, pensez-vous qu'une revanche soit possible?