Mon frère et Poirrier ouvrent l'ascension, ils s'élèvent jusqu'à 300 mètres de haut, et reviennent enthousiasmés de leur voyage. La vue est admirable, l'oeil embrasse une campagne d'une étendue énorme.
Je fais une seconde et superbe ascension avec Lissagaray, le commissaire extraordinaire de la République, qui trouve un grand charme à ce voyage si nouveau pour lui.
Jossec s'élève ensuite avec trois passagers. Jamais la Ville de Langres n'avait si bien enlevé quatre voyageurs à l'extrémité de ses cordes.
—Bravo, mes amis, m'écriai-je à la descente. Le temps est beau, tout va bien. Mais ne flânons pas, demain nous gonflerons s'il est possible les deux autres ballons que nous conduirons aux avant-postes de l'armée. Il ne sera pas dit que les aérostiers militaires, toujours surpris par les déroutes et les désastres, ne recevront pas en l'air le véritable baptême de feu!
A peine ai-je ainsi parlé qu'un capitaine de la ligne s'approche de nous.
—Vous ne savez pas la grande nouvelle!
—Qu'y a-t-il?
—La guerre est finie! Un armistice vient d'être signé.
Inutile d'ajouter que toute la ville de Laval est en émoi. On ne parle que de l'armistice. Quels sont les termes de cet acte immense?
Mais le fait est-il bien vrai? On a été si souvent trompé que, malgré soi, on en arrive à l'incrédulité de saint Thomas lui-même.