Je fus bien étonné quand je reçûs cette lettre, & comme je ne connoissois point l'écriture de la Dame, je crus pour en dire la vérité qu'elle m'étoit supposée par l'autre, qui, parce qu'elle étoit extrémement jalouse de son naturel, me paroissoit la personne du monde la plus capable de me faire une telle piece. Cette pensée me fit résoudre de lui en faire un sacrifice, quoi que je me representasse quelquefois que cela n'étoit pas bien, & que si on venoit à le savoir parmi les honnêtes gens, il étoit impossible que je n'en fusse blamé, supposé toutefois que cette lettre ne vint pas d'elle. Cependant quelque reflexion que j'y fisse, je ne laissai pas de succomber à la tentation; la crainte que j'eus que ma pensée ne fut veritable l'emporta sur tout le reste. La Dame fut ravie que je lui donnasse cette marque de mon attachement, & se trouvant au rendez-vous au lieu de moi, elle y insulta l'autre d'une si étrange maniere qu'elle ne put douter qu'elle ne fut sacrifiée. Ce n'est pas qu'elle lui dit rien à elle même, elles ne se parloient pas, & si elles l'eussent fait dans les sentimens qu'elles avoient l'une pour l'autre, je suis persuadé que c'eut été une conversation bien picquante. Mais n'ayant cessé de la regarder avec des yeux pleins de mépris, ses yeux lui en dirent tout autant qu'eut pû faire sa langue. D'ailleurs comme je ne parus point à ce rendez-vous, & que la femme du partisan savoit d'original que la lettre m'avoit été rendue en main propre, la chose étoit si claire d'elle même qu'elle eut été la premiere à vouloir s'abuser que de la rovoquer en doute. Son dépit fut extréme à cette vûë, & son ressentiment ne l'étant pas moins, il est aisé de juger que la messe qu'elle entendit fut une messe bien mal entenduë, & qu'elle eut bien mieux fait de n'y point aller. Pour surcroit de peine elle se trouva au benitier avec ma nouvelle Maitresse, & celle-ci lui dit d'un ton railleur, afin qu'elle ne put douter qu'elle n'eut connoissance de ce qui se passoit, que si elle avoit amené sa chienne avec elle pour lui faire trouver un petit mari, elle n'avoit perdu que ses peines; que le mari qu'elle lui destinoit ne la trouvoit pas assez belle, pour daigner seulement la considerer, & que c'est ce qu'elle avoit reconnu de la maniere qu'il l'avoit regardée. La pauvre femme fut interdite à ces paroles, quoi qu'elle eut d'ordinaire la langue assez bien penduë, & que sa coutume ne fut pas de manquer par là. D'ailleurs comme elles étoient dans un lieu qui demandoit du respect, & où d'un autre côté, elles ne pouvoient s'écarter d'avantage sans faire préjudice à elles mêmes également, la chose en demeura là & ne passa pas plus avant. Chacune remonta dans son carosse, mais avec des mouvemens si differens, qu'il est impossible de le dire. L'offensée ne roula dans sa tête que des sentimens de vengeance, pendant que l'autre s'applaudit de lui avoir donné une si grande mortification.

Je fus voir celle-ci le jour même, & m'ayant dit ce qu'elle avoit fait, je l'en blamai fortement. Je lui dis qu'elle n'avoit gueres fait de reflexion à ce qui en pouvoit arriver, qu'elle devoit se contenter de ce que j'avois manqué au rendez-vous, & que de rendre la victoire plus éclatante c'était ne pas prendre garde qu'elle s'exposoit par-là aux mêmes inconveniens qui arrivent quelque fois à la guerre, où à force d'en vouloir trop faire, on ne fait souvent que détruire ce qu'on avoit fait.

La Dame n'étoit pas la personne du monde du plus grand jugement, elle avoit beaucoup plus de beauté que d'esprit; ainsi mes remontrances ne firent aucun effet auprès d'elle, outre qu'elles venoient un peu tard, pour qu'elle en put proffiter. Je ne me trouvai par malheur que trop bon prophête dans ce que je lui avois prédit. Son ennemie voyant l'affront qu'elle lui avoit fait, resolut d'en tirer vengeance, & quoi que de la maniere qu'elle méditoit de s'y prendre, elle dût retomber sur elle, sa passion fut si grande qu'elle ne se soucia pas de tout ce qui lui en pouvoit arriver, pourveu qu'elle put se satisfaire.

Ma Maitresse avoit un mari qui n'étoit ni beau ni bien fait, aussi ne l'avoit-elle pris que parceque ses parens le lui avoient fait prendre de force; son bien lui avoit tenu lieu de merite; & comme il est rare que ces sortes de mariages réussissent, principalement quand il y a un peu de penchant à la galanterie du côté de la Dame, il en étoit arrivé que le Mousquetaire dont j'ai parlé tantôt n'étoit peut-être pas le second des amans de celle-ci, & par consequent Villars Orondate le premier. Je n'étois peut-être pas aussi le troisiéme. Quoi qu'il en soit, bien que ce mari n'eut aucune des qualitez qui rendent un homme aimable à une Dame, la femme du partisan ne laissa pas de vouloir faire connoissance avec lui, aux dépends de son honneur. Elle crut que quand ils seroient bien ensemble, il lui seroit plus facile de le porter à tout ce qu'elle voudroit, qu'ainsi sa vengeance en deviendroit plus assurée, & contre sa femme & contre moi, moi qu'elle croioit devoir haïr autant qu'elle, après le tour que je lui avois joué.

Si le Mari eut été bien sage, il eut pû reconnoître facilement que cette Dame avoit quelque dessein caché dans les avances qu'elle lui faisoit. Comme il n'étoit pas accoutumé non-seulement qu'on lui en fit, mais encore qu'on voulut écouter les siennes, tout lui devoit être suspect: mais comme quelque lieu que l'on ait de se plaindre de la nature, il est rare qu'on se rende justice, il se rendit tellement aveugle sur soi-même, qu'il crut valoir la fortune qui s'offroit à lui. Il en profita comme si elle lui eut été duë, & la Dame ne voulant point précipiter sa vengeance, de peur de la manquer, le traita pendant quelque tems comme un favori, sans lui parler de rien, elle crut qu'elle se l'attacheroit davantage par-là, & qu'elle en joueroit à coup seur. Je ne fus pas long-tems sans m'appercevoir de leur commerce, & je ne m'en apperçûs pas plûtôt que je devinai bien l'orage qui se preparoit contre ma maîtresse & moi. Je l'en avertis, afin qu'elle ne se laissât pas surprendre, & que nous prissions de bonne heure toutes les mesures que la prudence nous conseilloit; Néanmoins comme on ne sauroit jamais éviter son malheur, tout ce que nous pûmes faire fut inutile; peu s'en fallut que je ne succombasse sous les artifices de la Dame, & si je m'en sauvai ce ne fut que par miracle. Pour ce qui est de ma maîtresse elle ne fut pas si heureuse, & il lui en coûta sa liberté. Cependant les mesures que la Dame vouloit prendre pour assurer sa vengeance, ayant fait trainer les choses pendant quelque tems, la Campagne commença, & je la fis encore comme j'avois fait l'autre, quoi que ce ne fut pas à moi à la faire. En effet comme on n'envoyoit tous les ans qu'un detachement des Mousquetaires à l'armée, ce n'étoit pas la coutume, que ceux qui y avoient été une Campagne y fussent encore l'autre; chacun y devoit aller à son tour, & cela se pratiquoit tous les ans. Mais l'envie que j'avois de m'éloigner de Paris pour éviter ce que je prevoyois, l'ayant emporté sur tout ce qui m'y pouvoit retenir, je briguai auprès de Mr. de Treville d'y aller à la place d'un de mes Camarades qui étoit malade. Il eut bien de la peine à me l'accorder, de peur de mettre sa compagnie sur le pied de ne pas servir, quand c'étoit le tour de quelqu'un à le faire; mais Mr. des Essarts qui commençoit à devenir jaloux des assiduités que je rendois à sa parente étant intervenu pour moi, auprès de lui, sans que je l'en priasse, je pris encore le chemin de Flandres où l'on jettoit cette année là une plus grosse Armée, que l'on n'avoit de coutume.

Le Duc d'Anguien s'étoit raccommodé avec le Duc d'Orleans, & lui avoit fait excuse de ce qui s'étoit passé. Ainsi ils paroissoient les meilleurs amis du monde, quoi que dans le fonds il y eut de la jalousie de part & d'autre. Le Duc d'Orleans ne voyoit qu'à regret que la reputation de ce jeune Prince offusquât la sienne, & le Duc d'Anguien de son côté n'étoit pas trop content que le rang que l'autre tenoit au dessus de lui, l'obligeât à lui rendre des defferences auxquelles son esprit avoit peine à s'accoutumer. Comme il étoit hautain naturellement & disposé à croire que toutes choses devoient se régler par le merite, il présumoit tout du sien, pendant qu'il ne rendoit pas toûjours justice aux autres. Ceux qui approchoient de plus près de sa personne l'entretenoient encore dans cette humeur; tellement que n'en étant que plus suspect par-là au Duc d'Orleans, il obtint de la Cour que ce Jeune Prince serviroit sous lui, afin de lui donner quelque mortification. Le Duc d'Anguien en eut beaucoup effectivement, quand il sût la destinée qu'on lui préparoit, & ne l'ayant pû éviter, quoiqu'il y employât tout son credit, & celui de son pere, ces deux Princes prirent le chemin de Flandres pour y aller servir l'un de Général & l'autre de Lieutenant-Général. Ils y trouverent de la besogne; les ennemis y avoient repris Mardik, & comme ils voyoient bien que nous en voulions à Dunquerke, ils avoient crû ne pouvoir mieux empêcher la prise de cette place qu'en reprenant celle-là.

Le Cardinal qui songeoit à faire sa bourse préférablement à tout le reste, mais qui pour amuser les François faisoit semblant d'avoir les plus beaux desseins du monde, s'avisa pendant qu'on méditoit de grandes choses de ce côté-là d'entreprendre la Conquête d'Orbitelle. Cette place qui est en Italie ne nous accommodoit nullement. Quoi qu'il en soit l'entreprise ne réüssit pas, & comme on commençoit déja à n'être pas trop content de lui, ce fut un nouveau sujet de lui vouloir encore du mal. Ses ennemis publierent qu'il ne s'y étoit porté, que par ses intérêts particuliers; que sans cela il n'eut jamais rien entrepris si loin, puis qu'il étoit tout visible que nous n'avions que faire de Conquêtes en ce païs-là, pendant que nous en avions à nôtre porte qui nous accommodoient bien davantage. Pour faire cesser ces bruits qui nuisoient à sa réputation & pour faire parler plus avantageusement de lui, il mena le Roi sur la Frontiere de Flandres. Il avoit ôté les femmes à ce jeune Prince entre les mains de qui il avoit été jusques-là: il lui avoit donné à la place le Marquis de Villeroy en qualité de Gouverneur. Ce choix avoit fait bien des jaloux à la Cour, parce que ce Marquis n'étoit pas des plus anciennes Noblesses de France; Mais comme c'étoit un homme tout devoué à la faveur, & qui faisoit profession de faire tout ce que vouloient les Ministres, son Eminence avoit crû le devoir preferer à tous les autres, parce qu'il étoit bien plus soeur d'en être le maître que de quantité d'autres qu'il y avoit. Au reste pour le rendre plus digne d'un si grand honneur, il avoit été envoyé peu de tems auparavant commander devant la Motthe, Chateau scitué en Lorraine, qu'un certain Gouverneur avoit promis de deffendre jusques au dernier soupir. Il s'y étoit renfermé avec un tas de braves gens, mais grands voleurs, & qui desoloient tout le païs à plus de vingt lieuës à la ronde. Ils y avoient déja fait perir un Italien nommé Magalotti parent du Cardinal que son Eminence y avoit envoyé pour le rendre digne du bâton de Marêchal de France qu'elle lui preparoit, s'il eut pû survivre à cette Conquête. Ce fut dans le même dessein qu'elle y envoya aussi le Marquis de Villeroy, afin que non-seulement il en fut plus soumis à ses volontez, par ce bien-fait, mais encore qu'on eut moins de jalousie, quand on le verroit revêtu de cette dignité. Il savoit que l'honneur qu'on lui auroit fait de l'appeller au Gouvernement de la personne de Sa Majesté feroit parler bien du monde, & que le petit fils d'un homme qui avoue dans ses memoires que son fils n'étoit pas d'assez grande qualité pour aller en Ambassade à Rome, ne le paroîtroit pas non plus pour occuper un poste comme celui-là. Mais il en arriva tout autrement qu'il ne pensoit. Comme on ne sauroit plaire à tout le monde, les ennemis que pouvoit avoir ce nouveau Marêchal trouverent qu'il meritoit l'un tout aussi peu que l'autre. Il les laissa dire, & le Cardinal s'étant arrêté à Amiens avec le Roi, il donna ordre au Marêchal de la Meilleraie d'aller reparer l'affront que les troupes du Roi avoient reçû devant Orbitelle, par la prise de Portolongone, & de Piombine. Il avoit dessein, à ce qu'on l'accusa depuis, de se former une Souveraineté de ce côté-là, afin que, si comme il avoit sujet de le craindre, le nombre de ses ennemis venoit à croitre en France, il s'y put sauver & se consoler de sa mauvaise fortune.

J'avois suivi le Roi à Amiens, d'où je n'étois pas encore parti pour me rendre à l'Armée du Duc d'Orleans, ou je devois aller servir, quand son Eminence demanda à Mr. de Treville de lui donner deux Mousquetaires qui fussent Gentilshommes, & qui n'eussent que la cape & l'épée, afin qu'ils lui eussent l'obligation de leur fortune. Mr de Treville qui avoit toûjours de la bonté pour moi, me choisit sans hesiter pour me presenter à lui, & étant un peu plus retenu sur le choix de l'autre, il tomba à la fin sur Besmaux qui étoit entré quelque tems après moi dans les Mousquetaires. Nous crûmes tous deux nôtre fortune faite quand nous nous vîmes ainsi appellez si heureusement auprès du Ministre. Chacun qui eut été à nôtre place l'eut crû aussi-bien que nous, mais comme il y avoit bien à dire qu'il fut aussi-bien faisant que l'avoit été le Cardinal de Richelieu, nous languîmes long-tems devant que de voir réüssir nos esperances. Bien loin de nous faire le bien que nous prétendions, tout ce que la nouvelle qualité que nous eumes de ses Gentilshommes nous procura fut qu'il nous employa à des courses pour récompense desquelles il nous fit donner des ordonnances tantôt de cinq cent écus tantôt de cent pistoles & tantôt de moins. Or comme il y en faloit depenser une bonne partie, ce qui nous en restoit étoit si peu de chose, que nous sentions toûjours ce que nous étions. Je veux dire par-là que si nous avions des bas non n'avions pas de souliers, principalement Besmaux qui n'avoit pas trouvé la même ressource que moi dans le jeu, & qui ne m'avoit pas encore rendu l'argent que je lui avois prêté.

Cependant je devins bien-tôt tout aussi miserable que lui, la fortune me tourna le dos tout d'un coup, & je commençai à perdre tout ce que j'avois, ainsi comme je me voyois déchu de mes prétentions par l'avarice de mon nouveau maître, il arriva que lors que je croyois devoir être le mieux, ce fut justement lors que je me trouvai le plus mal. Je fus bien-tôt denué de toutes choses par les pertes que j'entassai les unes sur les autres, & comme un joueur tel que je l'étois devenu par accident, quoi que je ne l'eusse jamais été d'inclination, croit toûjours reparer les brêches qu'il a faites, je m'enfoncai d'autant plus dans le bourbier, que je fis plus d'effort pour en sortir. Cela me rendit sage à la fin, & considerant que Dieu m'ayant suscité ce secours dans le temps que je n'avois rien, il lui plaisoit de me le refuser maintenant que je devois avoir quelque ressource, je fis dessein de ne plus jouer du tout. Ainsi quoi que l'on dise ordinairement que qui a joué jouera, & que l'on croye ce Proverbe infaillible, je fis voir bientôt par ma conduite qu'il n'y a point de regle sans exception. S'il m'arriva de jouer d'avantage ce ne fut rien en comparaison de ce que j'avois joué auparavant, & ayant gagné cela sur moi que de me rendre maître de ma conduite, la fortune fut obligée malgré elle de me donner du relâche de ce côté là. Elle me suscita cependant un autre malheur qui me fut bien aussi sensible; quoi qu'il ne me jettât pas dans la nécessité. La Dame que j'avois avertie de sa beveuë l'ayant été trop tard pour en faire son profit, l'autre avertit son mari de nôtre Commerce quelque tems après que je fus parti de Paris. Il fut sensible à cet affront, comme chacun à coutume de l'être dans une pareille rencontre. Il y prit donc feu tout aussi-tôt, & n'ayant point douté de la chose aux preuves qu'elle tâchoit de lui en donner, il résolut de s'en venger ou d'en mourir en la peine. Par malheur pour nous il surprit encore deux lettres que nous nous écrivions, tellement que perdant patience après cela, il envoya à Amiens un homme pour m'assassiner. Il y arriva deux jours après que j'en étois parti par l'ordre de Mr. le Cardinal, qui m'avoit envoyé vers le Marêchal du Plessis. Il étoit en Italie, & il lui ordonnoit de passer en Provence pour s'y embarquer avec le Marêchal de la Meilleraie.

Ce contre-tems empêcha cet assasin de pouvoir executer son coup, & ne sachant où me prendre, parce que son Eminence tenoit mon message secret, il s'en retourna à Paris où il dit à celui qui l'avoit envoyé la raison pour laquelle il s'en revenoit sans rien faire. Mon jaloux écrivit à la Cour à quelqu'un de ses amis pour savoir ce que j'étois devenu; mais nul ne lui en pouvant rien dire, il ne voulut pas faire éclater son ressentiment contre sa femme, de peur de manquer ce qu'il projettoit contre moi. Il se donna patience jusques à ce que je fusse revenu, & n'ayant gueres tardé à mon voyage, je ne fus pas plûtôt de retour à Amiens qu'il en fut averti par ceux à qui il avoit écrit. Il y depêcha en même tems le même homme qui m'y avoit déja manqué, & celui-ci m'y ayant encore manqué cette fois là, parce que son Eminence ne me vit pas plûtôt de retour qu'il me renvoya devant Courtray pour porter quelques ordres au Duc d'Orleans, il me suivit devant cette place, parce qu'il savoit bien que j'y étois allé. Le Comte Delpont, Savoyard de Nation, y commandoit, & comme c'étoit un homme intelligent dans l'attaque & dans la deffense des places, il avoit demandé à cor & à cri au Gouverneur des Païs-Bas, de lui envoyer des munitions de guerre & de bouche dont il manquoit. Ce Gouverneur qui ne croyoit pas qu'on dût attaquer cette place, parce qu'elle étoit bien avant dans le païs, prit ses précautions pour des allarmes, & lui ayant fait réponse de ne se point inquieter, & qu'on ne songeoit point à lui, Delpont n'en fut point content, & lui recrivit, que quoi qu'il déferat toutes choses à ses conseils, & qu'il reverât ses ordres, il lui permettroit de lui dire ou qu'il étoit mal servi par ses espions, ou qu'il ne prenoit pas garde aux mouvemens de ses ennemis; qu'il étoit aisé de connoître leur dessein par leurs demarches, & qu'il faloit qu'il eut bien perdu son tems à la guerre, s'il s'abusoit dans la pensée qu'il avoit que sa place seroit attaquée avant qu'il fut peu.