Chappitre XLIIe.

La quinte folie fut de touchier, quant elle habita au fruit, dont il vaulsist mieux que elle n’eust eu nulles mains. Car moult est perilleux le touchier après le regard, quand les deux vices se consentent de mauvaise volenté. Et pour ce dist le saige en la sapience que l’en se doit garder de touchier à delit dont le cuer soit blescié ne l’âme ; car fol atouchement eschauffe le cuer et enflambe le corps. Et, quant raison est aveuglée qui doit le cueur et la fenestre gouverner, l’en chiet en pechié et en fol deliz ; et encore dit le saige, qui se veult seurement gouverner et nettement garder, doit deux fois ou trois avant ses mains regarder que à nul fol fait atouchier, c’est à dire, avant que le faire et entreprendre, deux foyz ou trois y penser. Car le touchier et le bayser esmeuvent le sanc et la char telement que ils font entroblier la crainte de Dieu et honneur de cest monde. Ainsi moult de mal se esmeut et avient par fols baisiers et atouchemens, tout ainsi comme il avint à Eve qui atoucha au fruit de vye.

De la vje folie de Eve.

Chappitre XLIIIe.

La vje faulte si fut pour ce que elle menga du fruit deffendu ; ce fut le plus fort du dolereux fait. Car, par celluy fait nous et tout le monde fusmes livrez au peril de la mort d’enfer, et estrangez de la joye pardurable. Si avons cy grant exemple comment par le trespassement d’une petite pomme soyent devenus tant de douleurs et de maulx. Hé, Dieux, comment ne pense l’en assavoir comme Dieux pugnira ceulx qui font telx forfaix de viandes et qui se delittent en bons morseauls de quoy ilz nourrissent leurs ventres et leurs charongnes, qui par celui delit la font esmouvoir en fol delit de luxure et d’autres pechiez. Pourquoy ne regardent-ilz aux povres familleux qui meurent de froit et de faing et de soif, dont Dieux leur demandera compte au grant jour espoventable ? Et saichiez que pechié n’est pas du tout à trop mengier, mais au delit de la saveur de la viande ; dont le saige dit que la mort gist dessoubz les delices, aussi comme le poisson qui prent l’aim par la viande qui y est atachée, et c’est la mort. Et aussi comme les poisons et le venin est mis ou bon morcel, dont l’omme muert, et aussi la saveur du delit, que l’on prent ès delicieuses viandes, occient l’ame et la perissent par le delit du corps, et aussi comme le delist de la pomme occist Eve nostre première mère, laquelle vint au pechié, comme font maintes gens ; car ilz viennent à escouter la folie, et puis aux regars et puis au touchier, et du touchier au baisier, et du baisier au fait du faulx delit, comme fit Eve, qui assavoura la pomme après le regart et le touchier.

De la vije folie de Eve.

Chappitre XLIIIIe.

La vije folie de Eve fut pour ce qu’elle ne creut pas ce que Dieu lui avoit dit que elle mourroit se elle mengoyt du fruit. Mais Dieux ne lui avoit pas dit qu’elle mourust si tost de la mort du corps, mais simplement luy dist que elle mourroit. Si fist-elle premiere ; ce feust ce que elle eut desobéy à Dieu, et cheoitte en son yre et en son indignacion. Après elle mourust de la mort du corps, ce fut quant elle eust esté une grant pièce au labour du monde et souffertes maintes doulours, peines et mesaises, si comme Dieu lui avoit dit et prommis, et au derrenier, après la mort, elle descendy en la prison qui estoit commune, dont nul ne eschappoit, c’estoit le porche d’enfer ; or elle fut en prison, elle et son mary et leur lignée, jusques à tant que Dieu vint en la croix ; ce fut l’espace de vm ans et plus, et adonc Dieux les delivra et ceulx qui l’avoient servy et obey en la vieille loy, et les mauvais laissa ; il print le grain et lessa-il la paille ardoir. Helas ! que ne pensons, nous et ceulx qui sont endormis et nourris en péchié jusques au jour d’uy, de nous amender, et non mie d’estriver tousjours à la folle esperance de cuidier tousjours vivre ne de attendre à soy admender sur son derrenier jour, et ilz ne voient pas la mort qui se aprouche d’eulx de jour en jour et vient soudainement, comme le larron qui entre par l’uis derrière et emble les biens, coppe les gorges, et ne scet l’en quant il vient, et après celluy larron luy embelist de jour en jour à embler et persevere tant que il est prins et le destruit l’en ! Et ainsi est-il des pecheurs qui pechent de jour en jour, tant que la mort les prent, et ne savent lors, comme le larron, à qui tant embellist de mal faire qu’il ne se peut tenir d’aler et de venir et soy delicter en ses larrecins tant qu’il est prins et mis à mort, et aussi est-il du pecheur qui tant vait et vient à sa fole plaisance et à son fol delict que l’on s’en apparçoit, et est sceu tant quelle est diffamée et deshonnourée du monde et haye de Dieu et des anges.

De la viije folie de Eve.

Chappitre XLVe.