La viije folie fut qu’elle quist compaignie à faire son péchié, et ce fut que elle donna la pomme à son mary et luy pria que il en mengast avec elle, et il ne lui vouloit mie desobéir comme fol, et pour ce furent tous deux prisonniers du pechié et de nostre grant mal ; dont a cy bon exemple que, se femme conseille mal à son seigneur, il doit penser se elle lui dit bien ou mal et à quelle fin la chose puet venir. Car l’en ne doit mie estre si enclin à sa femme ne si obeissant que l’en ne pense se elle dit bien ou mal ; car ilz sont maintes femmes auxquelles ne leur chault, mais que leur voulenté soit faicte et accomplie. Dont je congneux un baron qui tant crut sa femme que par son fol conseil il prist mort, dont ce fut dommage. Il lui vaulsit mieux qu’il l’eut moins crainte ne congneue, et aussi, comme Adam, qui folement creut sa femme, à sa grant doulour et à la nostre. Et aussy, toute bonne femme doit bien penser quel conseil elle veult donner à son seigneur, et qu’elle ne luy conseille mie à faire chose dont il ait honte ne dommaige pour acomplir sa fole voulenté. Car, se elle est saige, elle doit penser et mesurer à quelle fin ou bien ou mal la chose puet venir ; car elle y partira et ou bien et ou mal. Et, pour ce y doit bien penser avant qu’elle riens lui conseille, ne ottroye, ne pour amour ne pour hayne d’autruy. Et, aussi comme Eve ne vouloit bien faire, elle ne devoit mie conseillier à faire mal ; car il y eust assez eu d’elle. Et pour ce est cy bon exemple, se l’on ne veult faire bien, que l’on ne doit pas conseillier à autruy à faire mal. Et aussy, se l’on ne vuelt jeuner et bien faire, l’en ne doit pas autre desconseillier ne destourber à aultruy ; ains dist le saige que l’on a sa part ou pechié, c’est à dire ceulx qui lui ostent sa devocion et qui le conseillent à desjeuner et à faire pechié. Et, pour ce, qui n’a voulenté de bien faire, si le laisse l’on bien faire aux autres, et ne leur conseillier riens contre leur ame, car ilz participeroient au pechié.

La ixe folie de Eve.

Chappitre XLVIe.

La ixe folie et la greigneur fut la derrenière ; car, quant Dieu la mist à raison pourquoy elle avoyt trespassé son commandement et fait pechier son seigneur, lors elle excusa et dist que le serpent lui avoit fait faire et conseillié. Dont elle cuida allegier son pechié pour chargier autruy. Dont il sembla que Dieu s’en courrouça plus que devant, pour ce que Dieux lui respondist que dont de là en avant en seroit la bataille entre elle et l’ennemy, pour ce quelle crut contre luy et qu’elle vouloit estre pareille à Dieu, et pour ce qu’elle passa son commandement, et pour ce qu’elle creut plus l’ennemy que lui qui l’avoit faicte, et pour ce qu’elle deceut son seigneur par son fol conseil et que elle s’esforça de excuser son meffaict et son pechié, et pour cestes causes Dieu ordonna la bataille entre homme et femme et l’ennemy. Car moult il desplut à Dieu l’excusacion, comme il fait aujourd’uy de telz qui viennent à confession devant leur prestre, qui est en lieu de Dieu, si se excusent en leur confession devant leur prestre, et pollicent leur meffait, c’est-à-dire qu’ilz ne dient pas leurs pechiés sy vilment comme ilz ont meffait, et en ont honte de le dire ; maiz ilz n’avoient pas honte de le faire. Et pour ce ilz ressamblent à nostre première mère Eve qui se excusoit. Maiz saint Pol dit que qui veult estre bien nettoyé et lavé, il doit dire aussy laidement contre luy et plus comment il le fait, ou autrement il n’est point nettoyé. Car, si comme dist saint Père, tout aussi comme demeure voulentiers le larron là où l’en le celle et là où l’en muce son larrecin, et ne va pas voulentiers là où l’en l’escrie et hue, tout aussy est-il de l’ennemy qui emble les ames par ses temptacions, et se muce et reboute ès corps et ès lieux où il n’est pas escrié, ne hué, ne descovert par confession ; car celui qui se confesse souvent et menu l’escrie et le hue, et est la chose qui soit qu’il plus het et craint. Sy vous laisse à parler de nostre première mère Eve et comment l’ennemy la fist pechier et errer. Si vous parleray comment nulle saige femme ne doit estre trop hastive de prendre les nouveautéz ne les premières cointises, comment un sains homs en prescha nagaires, et après ycelle matière vous parleray de l’exemple d’un chevalier qui ot trois femmes, sur celle matière, et puis je retourneray au compte et à la matière des mauvaises femmes, comme il est contenu ou livre de la Bible, et comment il leur prist mal, et pour estre exemplaire de vous en garder. Après la matière des mauvaises femmes, je vous compteray des bonnes, et comment l’Escripture les loue.

D’un evesque qui prescha sur les cointises.

Chappitre XLVIIe.

Je vous diray comment un saint homme evesque prescha nagaires, qui à merveilles estoit grant clerc, et estoit en un sermon où avoit grant foyson de dames et de damoyselles, dont il y en avoit d’attournées à la nouvelle guise qui couroit, et estoient bien branchues et avoient grans cornes. Dont le saint homme commença à les reprendre et à leur baillier moult de exemples, comment le deluge ou temps de Noë fut pour l’orgueil et desguiseures des hommes, et espécialement des femmes, qui se contrefaisoient de atours et de robbes. Dont l’ennemy vit leur orgueil et leurs desguiseures, et les fist cheoir en l’ordure du vil pechié de luxure, et, pour ceulx pechiés, il en desplust tant à Dieu qu’il fist plouvoir xl. jours et xl. nuis sans cesser, tant que les yaues surmontèrent la terre de x. coudées sur la plus haute montaigne, et lors tout le monde fut nayé et perillié. Et ne demeura que Noë et sa femme et troiz filz et troiz filles, et tout advint par celui pechié. Et après, quant l’evesque leur eust monstré cet exemple et plusieurs autres, il dist que les femmes qui estoient ainsy cornues et branchues ressamblent les limas cornus et les licornes, et que elles faisoient les cornes aux hommes cours vestus, qui monstroient leurs culz et leurs brayes et ce qui leur boce devant, c’est leur vergoigne, et que ainsi se mocquoient et bourdoient l’un de l’autre, c’est le court vestu de la cornue. Et encore dist-il plus fort, que elles ressamblent les cerfs branchus qui baissent la teste au menu boys, et aussy, quant elles viennent à l’esglise, regardés les moy, si l’en leur donne de l’eaue benoyste, elles baisseront les testes et leurs branches. Je doute, dist l’evesque, que l’ennemy soit assis entre leurs branches et leurs cornes ; et pour ce les fait-il baisser les têtes et les cornes, car il n’a cure de l’eaue benoyste. Si vous dy qu’il leur dist moult de merveilles et ne leur cela rien de leurs espingles ou de leurs atours, tant qu’il les fist mornes et pensives, et eurent sy grant honte qu’elles bessoient les testes en terre, et se tenoient pour moquées et pour nices. Et y en a de celles qui ont depuis laissées celles branches et celles cornes et se tiennent plus simplement aujourd’huy ; quar il disoit que telles cointises et telles contrefaictures et telles mignotises ressambloyent à l’iraingne qui fait les raiz pour prendre les mousches ; tout aussy fait l’ennemy par sa temptacion la desguiseure aux hommes et aux femmes, pour ennamourer les uns des autres et pour prendre les musars aux deliz des folz regars, et, par les mignotises des foles plaisances qu’ilz croyent et ceulx folz regars et folles plaisances, l’ennemy les tempte et point, et les prent et lie, comme fait l’yraingne qui prent les mousches en ses rais et en ses tentes. Car telles contrefaictures et desguiseures sont les raiz et les tentes de l’ennemy comme l’yraingne les mousches, si comme racompte un saint hermite en la vie des pères, à qui il fui demontré par l’ange, si comme vous pourriez trouver escript plus à plain. Après ce leur dist que le plus du blasme du pechié estoit en celles qui premièrement prennent telles desguiseures, et que les plus folles estoient les plus hardies, et que toute bonne dame et saige doit bien soy craindre de les entreprendre jusqu’à ce que toutes communément les ayent entreprinses et que l’on ne puisse plus fouir selon le monde. Car, selon Dieu, les premières seront plus blasmées, et mises ès haulx siéges les derrenières. L’evesque, qui prudomme estoit, dist un bon exemple, sur le fait de celles qui se hastoient de prendre les premières nouvelletez et cointises, et dist ainsy :

De celles qui cheirent en la boue.

Chappitre XLVIIIe.

Il advint que plusieurs dames et damoyselles furent conviées à une nopces. Si furent à la beneyçon et s’en vindrent tout à pié par esbat là où on devoit faire le disner. Sy avoit un bien petit maroiz entre deux, et bien mauvaiz chemin. Sy distrent les plus juennes femmes : Nous yrons bien par ces marois ; car le chemin y est plus droit. Les autres, qui estoient les plus meures et les plus saiges, distrent qu’elles yroient le grant chemin, car il estoit le plus sec et le plus seur. Les juennes, qui estoient plainnes de leurs voulentez, n’en vouldrent rien faire, et cuidèrent aler au devant et prindrent le chemin des marois, où il avoit vieilles cloyes pourris, et, quant elles furent sur les cloyes, les cloyes fondirent et elles cheyrent en la boue et en la fange jusques aux genoulx, et furent toutes souilliées, et convint qu’elles retournassent arrières à l’autre chemin, après les autres, et elles se ratissèrent à coustaulx leurs chausses et leurs robes, et furent crotées et souillées, et ne demandez mie comment, et on les demanda bien partout, et tant que l’on eut mengié le premier mès avant qu’elles venissent. Et quant elles vindrent sy comptèrent comment elles estoient chaitez en la boue. Hé ! dist une bonne dame et saige qui estoit venue le grant chemin, vous nous cuidiez estre au devant pour estre les premierez à l’ostel, et ne nous vouliez suivre. Il est bien employé ; car je vous dy pour vray que telle se cuide avancié qui se desavance, et telle cuide venir la première qui se trouve la dernière. Sy lui bailla ces deux parolles doublement et couvertes ; car, selon ce que dist le saint preudomme, ainsi est-il de ce siècle ; car celles qui premières prennent les nouveaultéz et les jolivetéz qui viennent par le monde, elles cuident moult bien faire desavancer les aultres pour avoir les plus de regars ; mais, pour un qui le tient à bien, il y en a x. quy le tiennent à mauvays et s’en moquent et bourdent ; car telz les en louent par devant qui en trayent la langue par derrière et se mocquent d’elles et en tiennent leurs parlemens ; mais nulle ne croit en sa folie.