Encore vous diray-je un exemple des filles Loth, comment l’ennemi les tempta vilainnement. Elles virent leur père tout nu sans braies ; si furent toutes deux temptées de sa compagnie, et s’entredescouvrirent leur fait, et vont entreprendre à enyvrer leur père ; si le festoyèrent et le firent tant boire que il fut yvre, et lors elles se couchièrent et si se mistrent delez lui et l’esmurent à fornication, et tant qu’il les despucella toutes deux, car il cuidoit que ce feussent autres qu’elles, et ainsi feut deceu par vin. Si est moult perilleux pechié de gloutonnie que de vin, et en avient moult de maulx ; et toutesfoiz elles engrossèrent toutes deux et eurent deux fils, dont l’un eut nom Moab et l’autre Amon, dont les païens et la mauvaise loy descendit d’eulx. Et moult en vint de maulx par celluy pechié. Et dist l’en que elles se cointièrent et s’enourguillèrent, et pour ce l’ennemi les tempta plus ligierement à faire celluy vil pechié, et dist l’en que l’une en atiza l’autre et ainsi l’autre le fist par mauvaiz conseil. Et pour ce je vouldroye que vous sceussiez l’exemple de la fole damoiselle, qui, pour un chapperon que un chevalier luy donna, elle fist tant et bargigna que sa dame fist sa volenté et que elle la fist deshonnourer ; dont il avint tel meschief que, au fort, un varlet que le seigneur avoit nourry s’en apperceust et le dist à son seigneur, et le seigneur s’en mist en espie, tant que il trouva le fait. Si occist le chevallier que il trouva avecques sa femme, et sa femme il mist en chartre perpetuelle, où elle mourut doulereusement. Sy advint que le seigneur passat devant la chartre où elle estoit ; si l’escouta et elle se doulousoit en soy et maudissoit qui lui avoit ce fait faire ne conseillié. Et alors il envoya sçavoir qui estoit celle qui le conseil luy avoit donné, et elle descouvry sa damoiselle. Et lors le chevalier la fist venir devant luy et luy commanda qu’elle deist verité, et au fort elle luy dist la verité et qu’elle en avoyt eu un chapperon, et le seigneur luy envoya querre le chapperon, et, quant il le vist, sy lui dist : « Ma damoiselle, mal le veistes ce chapperon et pour pou de chose vous estes deffaicte et avez esté cause de ma tristesse, et je juge que le col et le chapperon soit couppé tout ensemble. » Si luy fist vestir et coupper le col et le chapperon tout ensemble, et ainsy fut fait ce jugement. Sy regardez comment il fait bon prendre bonne compaignie et femmes de service nettes qui n’ayent eu nul blasme ; car ceste damoyselle n’avoit pas esté trop saige, comme l’en dit. Et pour ce est bonne chose de prendre bonnes femmes et nettes ; car mauvaises femmes conseillent trop de mal à juenne dame, comme fist la folle suer des filles Loth et comme fist celle folle damoyselle, qui en eut son guerredon et sa desserte.

De la fille Jacob.

Chappitre LVIe.

Je vous diray un autre exemple de la fille Jacob, qui, par sa joliveté de cuer, laissa l’ostel de son père et de ses frères pour veoir l’atour des femmes et l’arroy d’un autre pays. Dont il avint que Sichem, le filz de Amon, qui estoit grans sires, la regarda et vist qu’elle estoit belle, et si la pria de folle amour, tant qu’il la despucella. Et, quant les xij. frères d’elle le sceurent, si vindrent là et le occistrent, luy et le plus de son lignaige et de ses gens du pays, pour la honte que ilz eurent de leur suer, qui ainsi avoit esté despucellée. Or resgardez comment par fole femme vient le grant mal et le dommaige, car par sa juennesce et par son legier couraige advint celle grant occision, tout aussy comme il fut de la fille au roy de Grèce, qui, par sa fole amour et par folz semblans, elle accointa le filz d’un conte, qui l’engroissa, dont le roy son père en fist guerre au conte, et en morut plus de mil personnes, et eust la guerre encores plus duré quant le frère du roy, qui saiges estoit, vint au roy son frère et lui dist : « Sire, je me merveille moult que pour l’esbat et le delit de vostre fille a esté perdu maint bon chevalier et maint bon preudomme par sa joliveté. Il vous vaulsist trop mieulx que elle n’eust oncques esté née. » Et lors dist le roy qu’il disoit voir. Adonc il fist prendre sa fille par qui le mal avoit esté, si la fist despecier d’espées par menues pièces, et depuis dist devant tous qu’il estoit bien raison qu’elle feust ainsi despeciée, par qui tant de bonnes gens avoient esté mors et occis.

De Thamar, qui fust femme Honain.

Chappitre LVIIe.

Je vueil que vous oyez l’exemple de Thamar, qui fut femme Honain, qui estoit filz Juda, filz de Jacob et frère de Joseph. Cestui Honain fut trop pervers et felon et de mauvaise vie, laquelle je ne vueil pas toute dire, dont Dieux voulst qu’il en morut soudainement et piteusement. Et quant Thamar se vit sans seigneur, dont elle n’avoit oncques eu lignée ne enfant, se pensa que le père de son seigneur engendroit bien et qu’il n’estoit pas brehaing, et pour ce convoita à avoir sa compaignie folement et contre la loy. Et tant fist qu’elle vint couchier par une nuit avec luy, et le deceut tant qu’il engendra deux enffans, dont l’un ot nom Phares et l’autre Amon, dont moult de mal en vint et mainte tribulacion ; car les enfans qui sont mal engendrez et qui ne sont de loyal mariage, ce sont ceulx par qui sont les guerres et par qui les ancesseurs sont perduz. Parquoy je vouldroye que vous sceussiez l’exemple du roy de Napples. Il est contenu ès croniques de Napples qu’il y ot une fole royne qui ne garda pas son corps nettement ne loyalment à son seigneur, et tant qu’elle conçut un filz d’ung autre que du roy son seigneur. Si advint que icelluy fut roy après la mort du roy, et quant il fust en eage il fut fel et aigres, et n’amoit point ses barons ne ses chevaliers, ainçoys leur fut dur et fel, et prenoit amendes et tailles, et efforçoit femmes et usoit de mauvaise vie, tellement que il encommença guerres à ses voisins et à ses barons, et tant que le royaulme fut en essil et en povreté par moult long temps. Si avoit un baron moult preudhomme et moult bon chevalier, qui ala à un hermitaige où avoit un saint hermite moult religieux et qui moult sçavoit de choses. Si lui demanda le chevalier pourquoy ne comment ilz avoient tant de guerre au païs, et se elle dureroit gaire. Et le saint hermite respondy : « Sire, il convient que le temps ait son cours, c’est assavoir, tant comme cest roy durera et un sien filz, la tribulacion ne cessera, et vous diray pourquoy. Il est ainsi que cest roy n’est pas droit hoir, ains est advoultre et emprunté, et pour ce ne puet-il jouir de son royaume ne de l’amour de son pueple, et convient que lui et son royaume ayent doulour et tribulacion tant comme faulx hoir y soit ; mais son filz n’aura jà hoir, et là fauldra la faulce lignée et reviendra le royaulme aux drois hoirs, et lors fauldra la pestillence et vendra paix et toute habondance de biens ou royaulme. » Et, ainsi comme le preudomme le dist, ainsi avint ; et encore dist-il plus, car il parla de la faulce royne sa mère, laquelle seroit pugnie en ce siècle et en l’autre, c’est assavoir que la femme du roy son filz l’encuseroit vers son seigneur que elle se coucheroit avecques un de ses prebstres, et que son filz le roy les trouveroit ensemble et les feroit tous deux ardoir en une fournaise. Et ainsi comme le saint homme le dist il advint, et pour ce est bel exemple à toutes femmes de soy tenir nettement en son mariage : car pour faire un faulx hoir il advient tant de mal et de tribulacion au païx où il a seignourie ; car par les faulx hoirs se perdent les seigneuries, et les mères en sont dampnées perpetuellement en enfer, tant comme les enfans en tiendront point de la terre de leur parrastre, c’est-à-dire du mary de leur mère.

Cy parle de la femme du roy Pharaon et de Joseph le filz Jacob.

Chappitre LVIIIe.

Belles filles, je vous diray un exemple d’un grant mal qui vint par regart et par folle plaisance, si comme il advint à Joseph le filz Jacob, celui qui fut vendu par ses frères au roy Pharaon. Cellui Joseph estoit à merveilles beau filz, saige et humble, et pour son bon service le roy l’amoit moult et lui habandonna touz les biens de son royaulme. La royne le regarda, qui le vit bel et juenne ; sy l’ama merveilleusement de folle amour, et lui monstra moult de folz signes d’amours par regars et par autres folz semblans, et quant elle vit que il n’y vouloit entendre ni se consentir à sa mauvaise volenté, elle en fut toute forsenée, et tant qu’elle l’appella en sa chambre et le pria de fole amour. Maiz lui, qui estoit preudomme, luy respondi que jà il ne seroit traistre envers son seigneur. Et quant elle vit cela, elle se courrouça et le prist aux poins par le mantel et s’escria à la force tant que tous vindrent, et elle dist qu’il la vouloit efforcier, et lors le roy le fist prandre et mettre en la chartre, et y fust longtemps. Et après ce, Dieu, qui ne l’oublia pas pour sa bonté, le fist delivrer, et fust plus grand maistre que par avant ou royaume, et plus amé et plus honnouré. Et pour ce est cy bon exemple que Dieux reliève tousjours les justes et ceulx où il treuve loyaulté, et la faulce royne fut punye ; car il ne demeura gaires qu’elle morut mauvaisement et souddainement de male mort. Et ainsi Dieu guerredonne à chascun son merite. Et pour ce est cy bon exemple de bien faire ; car oncques de bien faire ne vint que bien et honneur ; ainsi, comme dit l’Euvangille, il n’est bien qui ne soit mery et mal qui ne soit puny. Car de faire faulx hoirs ne viendra que maulx et tribulacions ès lieux où ilz seigneuriront et dont ilz auront la poesté, et les doulereuses mères seront livrées à la grant mort d’enfer, ne jamais n’en istront tant comme les advoultres qu’eles ont fais tendront terres ne biens du mary leurs mères. Et c’est chose vraye, si comme plusieurs qui sont resuscitez le tesmoignent, et la sainte Escripture d’autre part.