Cy parle des filles Moab.

Chappitre LIXe.

Un autre exemple vous vueil dire des malvaises femmes de jadiz, comme des filles Moab. Vous avez ouy comment Moab fut faulsement engendré contre la loy, et voulentiers de mauvais arbre ist mauvais fruit. Car ses filles furent folles et plaines de pechié de luxure. Dont il advint que Balaam, qui estoit payen, pour grever l’ost des filz Israël, fist cointir et parer celles folles filles de très riches draps, et puis les envoya en l’ost des Ebrieux, c’estoit le pueple de Dieu, afin de les faire pechier et de mettre Dieu contre eulx en yre ; si vindrent moult cointes et moult jolives en l’ost. Sy en y ot moult qui furent temptez et en firent leur fol delict, dont les princes de l’ost n’en firent point semblant, et Dieu s’en courrouça et manda par Moyse que les princes qui celle iniquité avoient faiste et soustenue feussent penduz et mis à mort, dont Moyse fit crier le ban que Dieu avoit commandé, et ainsi fut fait, et plusieurs furent occis et destruiz pour celluy fait et vil pechié de luxure. Si est cy grant exemple aux chevetaines des ostz qui sueffrent à faire force et qui sueffrent les grans ribaulderies, et pueent veoir comment il en desplaist à Dieu le père, et la pugnicion qui en fut faitte par son commandement, et puet l’en bien veoir comment tel pechié desplait à Dieu, et comment tant de maulx en adviennent, comme ouy avez et comme vous orrez, si comme le compte la Bible et la sainte Escripture.

Cy parle de la fille Madiam.

Chappitre LXe.

Si vous diray un autre exemple comme autre foys en advint en l’ost des filz Ysrael, c’estoient les Juifs, qui estoient peuple de Dieu et tenoyent sa loy. Sy avint que la fille Madiam, qui païen estoit, et des nobles d’icelle loy, celle fille, qui fut temptée, ot le cuer si joly et si gay que elle se cointit et vint en l’ost des Ebrieux, ce sont les fils d’Israël. Elle fut cointe et jolie et moult richement parée, et ne venoit que pour le cheval et le harnoiz, c’est à dire pour soy faire acomplir son delit, et tant advint que un chevallier de l’ost la vit, lequel en fut legierement tempté, et tant que il la fit venir en son logiz et fit son delit avecque elle. Et si comme il pleust à Dieu il envoya Finées, qui estoit un des meilleurs chevalliers de l’ost et l’un des plus grans chevetaines, et estoit nepveu Aaron. Cellui oyt dire que telle iniquité se faisoit en leur ost, comme avecque une payenne qui n’estoit pas de leur loy. Si vint courant l’espée nue et les trouva ou fait ; si les va tous deux percier l’un sur l’autre, et morurent villainement et ordement. Si avoit nom le chevallier qui faisoit la follie Zambry, du lignage Symeon, qui estoit des xij. princes de la loy. Mais pour ce ne fust-il pas espargnié ; car les princes et les chevetaines de l’ost, qui veoient comment Dieu ouvroit pour eulx qui combattoient à dix tant de gens que ilz n’estoient, et que toute la victoire et le sauvement que ilz avoient leur venoit de la grace de Dieu et de appert miracle, et pour ce, avoient paour de cheoir en l’yre de Dieu, et en ceste cause tenoient-ilz bonne justice, car il n’estoit pas rayson que leurs gens se couchassent avecques gens d’autre loy, comme les Crestiens avecque les Juifz et Sarrasins. Et aussy ilz se tenoient nettement et loyaument en la crainte et en l’amour de Dieu, et Dieu leur donnoit victoires et les garantissoit des grans perilz, ne jà n’eussent à faire à si grant nombre de pueple ne de gens d’armes que ilz ne venissent au dessus. Et pour certain, ce que Dieu veult garder nulle chose ne lui peut nuyre, et povez bien veoir comment Dieux het le pechié de luxure et comment il veult qu’il en soit puny, laquelle chose convient que soit ou en ce siècle ou en l’autre.

De Thamar, la fille du roy David.

Chappitre LXIe.

Encores, mes chières filles, vous diray un autre exemple comment l’on ne doit pas estre ne demourer seul à seul avecques nul, tant soient ses parens ne ses prochains ne autres, si comme il advint de Thamar, fille au roy David, que son frère Amon despucella. Celluy Amon fut tempté contre Dieu et contre la loy, et, pour acomplir sa mauvaise voulenté, il se faingny estre malade et se faisoit servir à sa suer, et la regardoit de faulx regart et puis la baisoit et acoloit, et tant fist petit à petit que il l’eschauffa et la despucella. Et quant Absalon, son frère de père et mère, le sceut, il en fut tout forsenné et yré, et, de fine ire et courroux il occist son frère Amon, qui celle deloyaulté avoit faicte à sa suer, et en vint moult de mal, et pour ce a cy bon exemple comment toute femme qui veult nettement garder son honneur et son estat ne doit point demeurer seul à seul avecques nul homme vivant, fors avecques son seigneur ou avecques son père ou avecques son fils, et non avecques aultres, car trop de maulx et de tentations en sont avenues, dont, se je vouloye, je en raconteroie moult de telles de qui l’en dist qu’il leur est mal pris et de leurs prouchains parens. Sy est grant peril de se fier en nul ; car l’ennemi est trop soubtilz, et la char qui est juenne et gaye est aisiée à tempter, et pour ce se doit l’en garder en toutes gardes et prendre le plus seur chemin, dont je vouldroye que vous sceussiez comment il en prist à une mauvaise femme qui estoit femme d’un cordier qui faisoit cables et cordes à gros vaisseaulx de mer en une bonne ville.

D’un bon homme qui estoit cordier.