Chappitre LXVIIIe.

Je vous diray un exemple sur le fait d’envie de Marie, la suer de Moyses, qui dist par envie qu’elle estoit aussi bien de Dieu comme Moyses son frère, et que Dieu ouoit aussi bien ses resquestes comme celles de Moyses, et ce dit-elle pour soy moquer et par envie, dont Dieu s’en corrouça et la fist devenir meselle, tant qu’elle fust ostée et séparée d’entre les autres gens, et toutes voyes Moyses et Aaron en eurent grant pitié et firent requeste à Dieu qu’il luy pleust la guerir ; et à leur requeste Dieu la gueryt. Si prenez exemple comment il fait mal avoir envie sur autruy, et comment Dieu punist ceste-cy, qui estoit une des nobles damoyselles qui fust en celui temps, tant qu’il la sépara d’entre les autres gens par celle mesellerie. Car maintes foiz Dieu punist ainsi les envieux et les mesdisans. Et pour ce, belles filles, prenez y bon exemple, car trop est villain vice de soy louer pour aultruy abaissier.

Cy parle d’une des femmes Acharia.

Chappitre LXIXe.

Dont je vouldroye que vous sceussiez un autre exemple sur ceste matière de une des femmes à ung grant seigneur qui avoit nom Archaria. Sy avoit ij. femmes selon la loy, dont l’une avoit nom Phenomia et l’autre avoit nom Anna, qui moult estoit preude femme et bonne dame, mais nulz enffans ne povoit avoir. Sy estoient alors plus prisées et honnourées celles qui enffans portoient que celles qui n’en portoient nulz, dont l’autre femme en estoit moult de grant orgueil, pour ce que elle en avoit moult de beaulx enffans, et pour ce avoit l’autre femme en despit et avoit envie et desdaing sur elle, et se mocquoit d’elle en disant villenies, et qu’elle estoit brehaingne et terre morte, dont l’autre avoit grant honte et ploroit menu et souvent, et se complaignoit à Dieu, et Dieux qui l’umilité et la pacience de l’une vit, et l’envie, le dengier et le despit de l’autre, et si regarda selon sa misericorde, car il fist mourir touz les autres enffans de l’autre femme, et à celle qui nulz n’en avoit il en donna plantivement, dont son seigneur la prinst en grant amour, et l’avoit plus chière que l’autre à qui ses enffans estoient mors. Et pour ce sont les jugemens de Dieu moult merveilleux ; car il het toute manière d’envie, et les chastie quant il lui plest, et essauce l’umble qui mercy requiert, et pour ce est bon exemple que nulle femme ne se doit orgueillir des biens et des graces que Dieux lui donne, ne avoir despit ne envie sur autres, si comme eust Phenomia, qui avoit enffans et avoit envie et despit sur Anna qui n’en avoit nulz, et pour ce Dieu la punist sur ses enffans, qui tous moururent, et en donna à l’autre qui tous vescurent. Sy sont ainsi les jugemens de Dieu. Et pour ce y doit l’en prendre bon exemple et se humilier envers luy et n’avoir envie ne despit sur nulluy. Sy vous laisseray ceste matière et vous parleray d’une autre sur le fait de convoitise.

Cy parle de convoitise.

Chappitre LXXe.

Je vous diray un autre exemple sus le fait d’une faulce femme qui eust nom Dalida, qui fut femme Samson fortin, lequel l’amoit à merveilles, et tant qu’il ne feist pas aucune chose que elle ne sceust. Et pour le grant amour que il avoit en elle, il fust sy fol que il li descouvrit que toute sa force estoit en ses cheveulx. Et quant la faulce femme le sceust elle fist dire aux paiens, qui estoient ennemis de son seigneur, que, se ilz luy vouloient donner bon loyer, elle le leur feroit prendre. Et les paiens luy promistrent que, se elle le povoit faire, ilz luy donroient certaine somme d’or et de robes. Et celle, qui fust deceue par convoitise, fist endormir son seigneur en son giron et puis lui tondit ses cheveulx, et envoya querre les paiens qui estoient embuschez et le fist prendre, et, quant il fu esveillié, il trouva sa force perdue, qui se combatoit bien à iij. mille personnes, et, quant ils le tindrent, ilz le lièrent et puis lui crevèrent les yeulx, et le faisoient tourner à un moulin comme à ung cheval aveugle. Or regardés comment convoitise deceust celle folle femme, qui, pour un pou d’or, traïst son seigneur, qui estoit le plus fort et le plus doubté homme qui oncques feust ne jamais sera. Et pour certain cuer convoiteux oze bien faire et entreprendre tout mal : car il fait les nobles rapineux et tirans sur leurs gens, et les clers et les religieux symoniaulx en tirant l’autry par faulces semonces, et fait les bourgeois et autres usuriers, les povres larrons et murtriers, les pucelles et les mariées putains, les enffans desirans la mort de leur père et de leur mère pour avoir le leur seulement. Judas, par convoitise d’argent, trahy nostre Seigneur, et aussi par convoitise le font aujourd’uy les advocads et plaideurs, qui vendent et bestournent verité, car ilz alongent le bon droit du bon homme pour tirer à avoir plus de l’argent, et y a plusieurs qui prennent de ij. costés, et aussy vendent par convoitise leur parole que Dieu leur a donné pour prouffiter au bien commun. Et pour ce est convoitise moult decevable, qui fist foloier et perir la femme Samson, qui tant estoit bel et fort et puissant. Et pour ce a cy bon exemple pour soy garder de cest vice. Et depuis Dieu rendit à celle femme son guerredon : car elle espousa un des payens, et firent une nopce. Si le sceut Samson, à qui ses cheveux estoient revenus et sa force revenue. Si se fist mener en la maison où ilz estoient au disner, près du maistre pillier de la sale, et, quant il fut au pillier, il le prist à ses ij. mains et le escoust si très fort que il abatit la maison sur eux, et là fut mort le mary et la mariée et le plus de gens qui estoient aux nopces. Et ainsi se venga de sa faulce femme, laquelle morut mauvaisement, car Dieu voulst qu’elle fust pugnie de sa mauvaistié, et c’estoit bien raison que de mal faire ly vensist mal.

Cy parle de courroux.

Chappitre LXXIe.