Si vous diray encore un autre exemple sur le fait de pacience. Vous avez bien ouy, selon ce que raconte la Bible, comment Dieux voult et souffry que Job, qui fut saint homme, feust tempté et trebuschié de ses grans honneurs en bas, si comme cellui qui estoit saint homme et riche et puissant comme un roy, premièrement quant il perdit ses sept filz et troix filles, et puis toutes ses bestes vivans et toutes ses richesses et tous ses habergemens, qu’il vist tous ardoir, et tant que riens ne lui demoura fors les corps de luy et de sa femme, et fut si pauvre qu’il luy convint gesir en un fumier, où les vers lui avoient tout rungié la teste et estoient par ses cheveulx. Et sa femme lui apportoit du relief et luy soustenoit la vie. Dont il avint que une fois elle se courrouça, si comme elle fust temptée, et lui dist : « Sire, mourrez-vous en ce fumier, puis que autrement ne vous povez avoir. » Et toutefois, combien qu’elle le deist par yre, elle ne le vouloit pas, comme bonne preude femme qu’elle estoit. Mais le preudhomme ne luy respondist riens, fors que tout feust au plaisir de Dieu, et qu’il fust mercié de tout. Ne oncques, pour mal ne douleur qu’il lui avenist, il n’en dist autrement fors que mercier Dieu de tout. Et quand Dieu l’eut bien essayé et bien esprouvé, si le redressa et lui donna autant de bien et d’onneur comme il eut oncques. Et aussi comme ce fait advint au viel testament est-il avenu au nouvel, dont vous en trouverez l’exemple en la legende saint Eustace, qui perdist terres et biens et femme et enffans, bien par l’espace de xiij ans, et puis Dieux le releva et lui rendy sa femme et ses enffans et plus la moitié de terres, richesses et honneurs terriennes que ilz n’avoient oncques maiz euz. Pour ce avons-nous cy bon exemple comment nul ne doit despire le mehaing ne le mal d’autruy, car nul ne scet qui à l’ueil lui pent, ne nul ne se doit esmerveillier ne esmaier des fortunes ne des tribulacions à soy ne à ses voysins, et doit l’en du tout mercier Dieu, comme firent Job et saint Eustace, et avoir bonne esperance en Dieu et soy humilier, et penser que Dieu est aussy puissant de rendre le bien au double comme il le toult, et avoir en soy pacience et humilité, et de tout mercier Dieu, et avoir en luy bonne esperance.
Cy parle de laissier son seigneur.
Chappitre IIIIXXIe.
Un autre exemple vous diray des mauvaises femmes. Si fut de Herodias, que Herodes tollist et fortraist à son frère, prophète, qui estoit simples homs, et son frère Herodes estoit divers, malicieux et convoiteux. Ce fut celluy qui fist occire les innocens pour cuider occire le grant roy dont l’estoille faisoit demonstrance. Car Herodes avoit paour que cellui roy lui tollist son royaulme, et pour ce fist-il occire les innocens ; il fut traistre et desloyal à son frère, car il luy fortraist sa femme contre Dieu et contre la loy, dont saint Jehan Baptiste le reprenoit. Et pour ce fust-il en hayne de Herodes, car celle fausse femme Herodias haioit saint Jehan, et par celle hayne empetra-elle sa mort vers Herodes, et fut moult diverse femme et fina mauvaisement, et son seigneur aussi, comme cellui qui fust occis par cirons ; tout aussi comme il avoit fait occire les petis innocens, tout aussi voulst notre seigneur que par les plus petites choses il feust occis en langueur, comme par cirons, qui sont les plus petites choses et bestes qui soyent.
Or vous ay compté des males femmes, comme il est contenu en la Bible, qui firent moult de maulx et de diversitez, pour estre exemplaire aux autres pour soy garder de faire mal. Si vous diray et traitteray des bonnes, que la sainte Escripture loue moult. Et pour ce est bon de ramentevoir leurs bonnes taches, pour y prendre bon exemple et bonnes meurs ; car les biens faiz et les bonnes taches des bonnes qui ont esté sont mirouer et exemple à celles qui sont et qui à venir sont, dont la première exemple est de Sara, que la sainte Escripture loe.
Cy laisse à parler des mauvaises femmes et parle des bonnes et de leur bon gouvernement, comme la saincte escripture les loe.
Et premierement de Sarra, femme Abraham.
Chapitre IIIIXXIIe.
Sara fut femme Abraham, moult bonne dame et saige, et Dieu la garda de moult de perilz ; car, quant le roy Pharaon la prist, Dieu lui donna moult de maulx, de douleurs et de maladies, et tant qu’il convint qu’il la rendit nectement à son seigneur. Ainsi Dieux la sauva par sa sainteté, si comme il a gardé plusieurs sains et saintes de feu et de eaue et de glaives et de tourmens, si comme il est contenu en la vie et en la legende des sains et saintes. Car ainsi sauve Dieux ses amis et ses amies. Ceste Sara souffrit moult de hontes et de douleurs. Elle fust bien cent ans brehaigne ; mais pour sa sainte foy et pour la ferme loyaulté et amour qu’elle portoit touzjours à son seigneur, et pour son humilité, Dieu lui donna un filz, qui fut saint homme ; ce fut Isaac, dont les xij. lignées yssirent, et Dieu le lui donna pour la grant bonté d’elle.
Cy parle de Rebeca.
Chapitre IIIIXXIIIe.