La mère au roy Salomon requist à son filz que il donnast la mère sa femme, qui moult bonne dame estoit, à Donno, qui estoit païen et ennemy. Sy respondit le roy que jà son annemy n’auroit la femme de son seigneur de père, et si se tint sa mère pour nice et pour honteuse d’avoir esté escondite, et pour ce doit toute femme penser se elle requiert chose raysonnable avant qu’elle requière son seigneur ; car celle requeste estoit bien diverse. Je vouldroye que vous sceussiez la fole requeste que la duchesse d’Athènes fist au duc son seigneur. Elle avoit un frère bastart. Sy requist au duc que il donnast sa propre suer à femme ; et le duc, qui vit sa simplesce, s’en soubrist et lui dissimula le fait, et dist qu’il en parleroit à ses amis. Et l’autre pourchassa touz les jours le fait, et au fort il lui dist qu’il n’en seroit rien jà fait, dont elle s’en corrouça et s’en mist au lit malade de yre et de corroz, et se fist prier de venir au duc et de couchier avec lui, et au fort le duc se corrouça, et s’enfla le duc tellement que par grant yre il jura que jamais elle ne coucheroit en son lit, et l’envoya en un chastel bien loing de lui. Dont ycy a bonne exemple que femme se doit bien garder de requerre à son seigneur de chose qui n’est honneste, et après comment elle ne doit pour nul corroux desobeir à son seigneur, par quoy il se corrouce asprement contre elle, ne tenir son cuer comme fist celle duchesce, que le duc chassa d’avecques luy par sa folie et par son fol couraige.

Cy parle de trayson.

Chappitre LXXVIIIe.

L’exemple de une faulse femme fut que deux femmes estoient qui estoient logées en un hostel, lesquelles avoient deux enffans males d’un temps. Sy advint à l’une que son enffant estaingnit, et, quant elle le vit mort, si ala, comme faulse femme, embler l’enffant vif qui estoit à sa compaigne et y mist le mort au lieu. Et quant celle à qui estoit le vif vit cellui mort au lieu, sy le regarda et congnust que ce n’estoit pas le sien. Sy en fust bien grans contens, et en vint le cas et le fait devers le roy Salemon. Et quant il eut oz leur debat il dist : « Baillez-moy une espée et en bailleray à chacune la moitié. » Celle à qui l’enffant n’estoit pas respondist qu’elle le vouloit bien ; mais l’autre dist que l’enffant ne fust pas occis, et qu’elle vouloit bien qu’elle l’eust tout quitte. Adonc le roy juga que l’enffant feust baillé à celle qui ne vouloit pas que l’enffant fust occis, et que le cuer et la chair d’elle en avoit pitié, et que l’autre, qui vouloit qu’il fust departy, n’y avoit riens. Et ainsi fust la trayson de la mauvaise femme esprouvée. Et pour ce a grant peril de couchier petit enffant delès soy, car bien souvent ilz estaingnent ; sy y chiet grant peril.

Cy parle de rappine.

Chappitre LXXIXe.

Un autre exemple feust de la femme au roy Jeroboam. Ilz avoient un enffant malade. Sy envoya le roy la royne à un saint homme prophète lui prier que il empetrast guérison à leur enffant. Si se deguisa la royne et vint au saint homme, qui point ne veoit. Mais, par la grace du Saint-Esprit, le saint prophète lui escria à haulte voix : « Royne, femme Jeroboam, vostre filz mourra anuit de bonne mort, maiz tous voz autres enffans mourront de male mort, sans sépulture, tout par le pechié de leur père, qui est tyrant sur son menu pueple, et de male conscience et luxurieux. » Si s’en retourna la royne et trouva son filz mort. Si dist le fait à son seigneur. Mais pour ce ne s’en voult-il amender, et pour ce perirent tous ses enffans. Et pour ce est bon exemple de mener et user de bonne vie, et de amer son menu peuple et ne leur faire nulz griefz et nul tort ; car le pechié du père et de la mère nuist aux enffans, si comme vous avez ouy que le saint homme le dist à la royne de son seigneur.

Cy parle de pacience.

Chappitre IIIIXXe.

Je vous diray un autre exemple, comment Anna, la femme Thobie, parla folement à son seigneur, qui estoit preudhomme et saint homme, et ensevelissoit les mors que un roy Sarrazin faisoit occire en despit de Dieu et de sa loy, et avoit nom Sennacherip. Si advint que les arrondelles chièrent sur les yeulx du preudhomme Thobie, et en fut long-temps aveugle, dont sa femme lui dist par grant despit que le Dieu pour qui il ensevelissoit les mors ne lui rendroit mie la veue. Le prudhomme en eut en luy pacience, et lui respondit que tout seroit à son plaisir, dont il advint que elle en fust bien pugnye de maladies, et, quant il pleust à Dieu, il rendit au bon homme sa veue, et veoit tout cler. Et, par cest exemple, toute bonne femme ne doit point laidengier son seigneur, ne mespriser de chose ne de maladie que Dieu luy envoye. Car le baston est aussi bien levé sur le saing comme sur le malade, comme vous avez ouy de Thobie qui fut guéry, et sa femme qui parla mal fut malade. Dont je veul que vous saichez l’exemple de la clavière Sarra, femme au petit Thobie. Ceste Sarra fut moult preude femme et fust fille Raguel ; elle ot vij. seigneurs, que l’ennemy occist tous, pour ce qu’ilz vouloient user d’un trop villain fait, que jà ne fait à nommer. Celle bonne dame reprist une fois sa clavière d’un meffait que elle avoit fait ; mais celle, qui fust fière et orgueilleuse, lui reproucha ses seigneurs, en elle avilant. Mais la bonne dame ne respondist riens, ains ot pacience et ploura à Dieu, en disant qu’elle n’en povoit mais et que Dieux fist du tout à son plaisir. Et, quant Dieux vit son humilité, il luy donna cellui Thobie à seigneur, et eurent de beaux enffans et moult de biens et d’onneur ensemble. Et celle qui tença à elle et lui reproucha ainsi, si fina mauvaisement et eut depuis assez moult de hontes, et la bonne dame beaucoup d’onneur. Et pour ce est bon exemple comment nul ne doit reprouchier le mal ne le meshaing d’autruy. Car nul ne se doit point esmerveillier des vengences ne des jugemens de Dieu ; car tel reprouche le mehaing d’autruy qui l’a après pire et plus honteux, si comme il plaist au createur à faire ses vengences et ses punitions.