Je vueil que vous oyez l’exemple de la femme Samson fortin, qui descouvry son seigneur. Il advint que Samson fortin avoit fait une fermaille à xxx. robes de saye avecques certains gens qu’ilz ne pourroient pas deviner certaine devinaille. Sy advint que sa femme ne li fina tant de parler qu’elle sceut que c’estoit et tant qu’il lui descouvry le fait de la devinaille, et, quant elle le sceut, elle en descouvrit son seigneur, et lui fist perdre la fermaille de xxx. robes de saye ; et quant son seigneur sceust qu’elle l’eust decouvert, sy la commença à haïr et la mist hors de avecques lui, et ala aux payens qui avoient gaingnée la fermaille, sy en prist xxx, lesquelz il despouilla pour despit de sa femme. Et pour ce a cy bonne exemple comment femme ne doit descouvrir pour nulle chose le secret ne le conseil de son seigneur, affin qu’elle ne chiée en l’ire et en corroux de luy ne en sa hayne, comme fist la femme Samson fortin, qui en perdy l’amour de son seigneur. Car c’est trayson quant l’en se fie en sa femme et elle descueuvre ce qu’elle doit celer.
Je vouldroie que vous sceussiez le compte de l’escuier qui essaya sa femme, que il vit juenne. Sy ly va dire : « M’amie, je vous diray un grant conseil, mais que vous ne m’en descouvriés pas pour riens. Je vous dy que j’ay pont ij. oeufz, mais pour Dieu ne le dictes mie. » Et elle respondit que par sa foy non feroit-elle. Sy li fust bien tart que le jour ne venoit pour l’aler dire à sa commère, et, quant vint qu’elle peut trouver sa voisine, elle lui dist : « Ha, ma très doulce amie, je vous deisse un grant conseil, mais que vous ne le deistes pas », et elle lui promist que non feroit-elle. « Se Dieu m’aist, il est advenu une grant merveille à mon seigneur, car pour certain, ma doulce amie, il a pont iij. oeufz. — Saincte Marie, fist l’autre, comment puet ce estre ? c’est grant chose. » Si s’en party celle à qui le conseil avoit esté dit, et ne se peut tenir de l’aler dire à une autre, et lui dist que tel escuier si avoit pont iiij. eufz. Et puis celle le dit à un autre, qui dit que il en avoit pont v, et ainsi creust la chose d’une en autre, que les ij. eufz vindrent à cent, et tant que tout le pays en fust plain de renomée, et que l’escuier le sceust par plusieurs gens. Et lors il appella sa femme et plusieurs de ses parens, et lui dist : « Dame, vous m’avez moult bien creu la chose que je vous avoie dit en conseil, car je vous avoye dit que je avoye pont ij. eufz ; mais, Dieu mercy, le conte est creu, car l’en dit que il y en a cent. Sy avez descouvert mon conseil. » Et ainsi celle se tint pour honteuse et pour nice, et ne sceust que respondre. Et par ceste exemple se doit garder toute bonne femme de descouvrir le secret de son seigneur.
Cy parle de desdaing.
Chappitre LXXVe.
Belles filles, je vueil que vous oyez l’exemple de Michol, la femme David, qui fut fille au roy Saül. Le roy David, qui saint homme estoit, aimoit Dieu et l’esglise sur toute rien. Sy avint que, à une grant feste qu’ilz faisoient devant l’arche, où estoit le saint pain de la manne qui vint du ciel, dont les pères furent rassasiez, et les tables de la loy, et la verge dont Moyse avoit fait partir la mer, et, pour honnourer Dieu, le roy s’estoit mis en la compaignie pour chanter et pour harper avecques les prestres, et se desmenoit et faisoit la plus grant joye qu’il povoit à Dieu et à l’eglise. Sa femme le regarda, si en eust desdaing et despit, et s’en bourda et lui dist que il sembloit un menestrel et un jongleur, en se mocquant de luy. Et le bon roy respondit que l’on ne se puet trop humilier envers Dieu, ne le trop servir, ne honnourer son esglise ; car de Dieu vient tout le bien et honnour que homme et femme pevent avoir. Sy en despleust à Dieu dont elle en avoit parlé ; sy fust de lors brehaingne et malade, et aussy comme toute separée de lui, parce que Dieu luy voulst monstrer sa folie ; car toute bonne femme doit esmouvoir son seigneur à servir et honnorer Dieu et l’esglise, ne ne doit point son seigneur mespriser de ce que il cuide bien faire, ne bourder, ne avoir despit sur luy, ne especialment le reprendre devant les gens pour riens qui lui aviengne, soit tort, soit droit, fors qu’en son privé, quant il n’y a que eulx deux. Car, selon ce que dit le saige en la sapience, quant homme se voit lesdangier ne reprendre, devant les gens, de sa femme ne de sa mesgnie, aucunefoiz le cuer luy enfle, ou en fait pis, ou en respont oultragieusement en fait ou en dit, et pour ce est bonne chose de reprendre doulcement et priveement son seigneur.
Cy parle de soy pingnier devant les gens.
Chappitre LXXVIe.
Un autre exemple vous diray de Bersabée, la femme Uries, qui demouroit devant le palais du roy David. Si se lavoit et pingnoit à une fenestre dont le roy la povoit bien veoir ; sy avoit moult beau chief et blont. Et par cela le roy en fut tempté et la manda, et fist tant que il pecha avecques elle, et, par le faulx delit, il commanda à Jacob, qui etoit chevetoine de son ost, que il meist Uries en tel lieu de la bataille que il fust occis. Sy porta Uries les lectres de sa mort, car ainsy fust faict. Et ainsi pecha le roy David doublement, en luxure et en homicide, dont Dieu s’en corroça moult à lui, et en vint moult de maulx à luy et à son royaume, dont le compte seroit long à escouter. Et tout ce pechié vint pour soy pingnier et soy orguillir de son beau chief, dont maint mal en vint. Sy se doit toute femme cachier et céleement soy pingner et s’atourner, ne ne se doit pas orguillir, ne monstrer, pour plaire au monde, son bel chef, ne sa gorge, ne sa poitrine, ne riens qui se doit tenir couvert.
Cy parle de folle requeste.
Chappitre LXXVIIe.