Chappitre IIIIXXXIXe.
Je vous diray un autre exemple du nouvel Testament. C’est de sainte Elisabeth, mère saint Jehan Baptiste. Ceste servoit premierement Dieu et puis son seigneur. Elle le doubtoit sur toutes femmes, et, se il vensist de hors et il lui feust riens mesavenu en l’ostel, elle le celast et le feit celer jusques à ce qu’elle veist bien son point, et puis lui deyst si bel et si atrempeement à son seigneur que jamais ne s’en deust corroucier. Elle convoitoit touz jours la paiz et la joie de son seigneur, et ainsi le doit toute bonne femme faire. Ceste sainte dame amoit et craingnoit Dieu et portoit bonne foy à son seigneur. Et pour ce Dieu lui donna saint Jehan Baptiste. Et ce fust bon guerredon ; car femme qui ayme et craint Dieu et se garde de pechiez et se tient nettement. Dieu le lui guerredonne à vie, et après la mort à cent doubles, comme il fist à ceste sainte dame à qui il donna biens celestieulx et biens terriens à puissance, comme il fait à ses amis qui se tiennent nettement en leur mariaige et qui ont bonne esperance en lui, si comme sainte Susanne, comme vous avez oy.
Cy commence à parler des exemples du Nouvel Testament depuis que Dieu vint ou ventre de la Vierge Marie.
Et premiers de la Magdelaine.
Chappitre Ce.
L’autre exemple est de la Magdelaine, qui espurja et nectoya ses pechiez par ses lermes, quant elle lava les piés à Jhesucrist de ses lermes et puis les essuya de ses cheveulx. Celle bonne dame plouroit ses pechiez et requeroit pardon de ses pechiez. Ce estoit amour de Dieu et crainte de son meffait. Et ainsi par celluy exemple le devons nous faire. Car nous devons plourer nos meffaitz et noz pechiez, et avoir pitié et vergoingne de les avoir faiz, et venir à confession humblement, et les regehir, et les dire et les racompter aussi villainement et ordement comme l’en les a faiz, sans rien polir ne celer. Car la crainte de Dieu et le hardement que l’en emprant de dire son meffait et son péchié, celle vergoingne et celle honte que l’en a de le dire est une grant partie du pardon et allegance du mesfait, et Dieu, qui voit l’umilité et la reppentance, se esmuet en pitié et eslargist sa misericorde et pardonne, comme il fist à saincte Marie Magdelaine, à qui il pardonna ses pechiez pour la grant contriccion et repentance qu’elle en eust. Une aultre rayson est pour quoy la benoiste Magdelaine doit estre louée ; ce fust pour ce que elle amoit Dieu et craingnoit merveilleusement ardamment. Car pour les grans miracles qu’elle veoit qu’il faisoit, et que il avoit resuscité son propre frère le ladre, qui bien lui avoit dist merveilles de par delà, et les paines, et elle veoit que il esconvenoit qu’elle mourist et qu’elle fust par delà punye de ses pechiés. Quant elle pensoit en telle chose, elle estoit toute esperdue et paoureuse. Et pour ce fust elle plus de xx. ans en un desert, en boys et en buissons, et, quant elle eust tant jeuné qu’elle ne le povoit plus souffrir selon nature, lors nostre seigneur la regarda en pitié et li envoioit chascun jour par un ange le pain du ciel, dont elle fust rassasiée jusques en la fin. Et pour ce a cy bon exemple conment il fait bon plourer les pechiés et soy confesser souvent et faire jeunes et abstinences, et amer Dieu et craindre, comme fist celle bonne Magdalaine, qui ama tant Dieu et ploura ses pechiez sur ses piez et des peulx les essuya, et souffry tant de mal et de malaise ès desers et ès buissons, que Dieux si la conforta par son ange, qui chascun jour li apportoit du pain du ciel. Et aussi fera-il à toutes bonnes femmes, et à touz ceulx qui de vray cuer ploureront leurs pechiez, et qui aymeront Dieu et feront bonnes jeunes et bonnes abstinences, comme il fist à ceste bonne femme.
De ij. bonnes dames à mescreans.
Chappitre CIe.
Un autre exemple je vous diray de ij. bonnes dames qui estoient femmes de mescreans, dont l’une estoit femme au seneschal du roy Herodes. Celles bonnes dames suivoyent nostre seigneur et lui administroient son vivre. Si est bon exemple que toute bonne femme, bien qu’elle ait divers ou mauvais seigneur, ne doit pas pour tant laissier à servir Dieu et lui obeir, ainçois doit estre trop plus humble et devote pour empetrer grace de Dieu pour elle et pour son mary. Car le bien que elle fait amendrist le mal de lui et adoulcist l’ire de Dieu et leur garde leur bien et leur chevance. Car le bien que elle fait soubzporte son mal, si comme il est contenu ou livre de la vie des pères, là où il parle d’un mal homme et tirant, qui par iij. foiz fust sauvé de villaine mort pour la bonté de sa femme, dont il advint que, quant elle fut morte, il n’avoit plus qui priast Dieu pour lui et par ses grans pechiez, le roy du pays le fist mourir de male mort. Et pour ce est bonne chose et necessaire à mauvais homme d’avoir bonne femme et de sainte vie, et, de tant comme la femme sent son seigneur plus divers ou pecheur ou de male conscience, de tant a-elle plus grant mestier de faire plus grans abstinences et plus de biens pour Dieu. Car, se l’un ne portoit l’autre, c’est-à-dire le bien le mal, tout besilleroit ou yroit à perdicion. Et encores vous dis-je que l’obeyssance de Dieu et la crainte fut premier establie que mariaige ; car l’en doit premier obeir au createur, qui les a faiz à sa sainte ymaige et qui leur puet donner grace d’estre sauvés ou perdus. Et ainsi la loy commande que l’en ne doit pas tant obeir au corps ne estre en l’obeyssance de son seigneur que l’en ne obeisse premier au prouffit de l’ame, qui est un bien pardurable. Et dit la glose que toute bonne femme doit premièrement tirer au bien de l’ame de son seigneur et puis au service du corps. Car le bien de l’ame n’a pareil, et, se l’ame a bien, elle et ses enffans jouyront paisiblement et beneurement des biens du mort, et, se l’ame a tribulacion, aussi au contraire. Et ceste chose est vraye et esprouvée, comme il est contenu en plusieurs lieus en la sainte escripture, et pour ce fait bien adviser son seigneur de faire bien et le destourber de faire mal à son povoir. Car ainsi le doit faire toute bonne femme.
Cy parle de sainte Marthe, suer à la Magdelaine.
Chappitre CIIe.