—Si vous êtes malade, Comtois, allez vous recoucher. Je me passerai de vous.
—J'aimerais mieux que monsieur me donnât une petite consultation.
—Pour les dents? Je ne saurais. Je n'y ai eu mal de ma vie.
—Ah! c'est que je croyais monsieur médecin?
Ici, Comtois, voulant se livrer à un rire sardonique, fit une grimace si laide, qu'Adriani le crut en proie à de violentes souffrances. Il insista pour le renvoyer; mais Comtois n'en voulut pas démordre, et s'acharna à raser son maître.
—Que monsieur ne craigne rien, lui dit-il en se livrant à cette opération quotidienne où il excellait et dont il tirait une incommensurable vanité, je raserais, comme on dit, les pieds dans le feu. J'ai la main si légère, que, eussé-je des convulsions, par suite de mes dents, vous ne me sentiriez point. Je sais ce qu'on doit de précautions, surtout quand on approche le rasoir d'un gosier comme celui de monsieur. Quant à moi, on pourrait bien me couper le sifflet, l'Opéra n'y perdrait rien; mais peut-être qu'il y a des mille et des cents dans le gosier de monsieur.
—Le drôle sait qui je suis, pensa Adriani: j'ai bien fait d'écrire. Il faut que je me hâte de courir là-bas, avant qu'il ait eu le temps de bavarder avec Toinette.
Comme il sortait, Adriani vit arriver la chaise de poste du baron de West, qui revenait de Vienne, et qui, de loin, lui faisait de grands bras. Désolé de ce contretemps, il feignit de ne pas le reconnaître et se jeta dans les vignes. A travers les pampres, il vit la voiture qui s'arrêtait, ce qui lui fit craindre que le baron ne courût après lui. Il se glissa le long d'une haie, et se trouva en face de la vachère du Temple, qui prenait le plus court à travers les vignes pour gagner la route.
—Où allez-vous? lui dit-il.
—Je vas porter une lettre à M. d'Argères, répondit-elle. C'est-il vous qui s'appelle comme ça?