»Laisse-toi aimer, ange blessé! Un jour, je te le jure, tu remercieras Dieu de me l'avoir permis.
»A toi, malgré toi, et pour toujours.
»Adriani.»
Journal de Comtois.
Monsieur est un homme de rien. C'est un artiste! Je m'en étais toujours douté. J'ai lu, par hasard, ce soir, un vieux morceau de journal dont je me sers pour me mettre des papillotes. Il y avait dessus, à la date de janvier dernier:
«Le célèbre chanteur et compositeur Adriani, dont le nom véritable est d'Argères, est enfin revenu des neiges de la… et s'est fait entendre dans les salons de…, où il a ravi une foule de… méthode… les femmes… sa beauté idéale… un engagement… l'Opéra…»
Le reste des lignes manque; mais c'est assez clair comme ça; et me voilà dans une jolie position! Valet de chambre d'un chanteur, d'un histrion, sans doute! Je vas écrire à ma femme de me chercher une place. En attendant, j'espère bien qu'il ne me fera pas banqueroute de mon voyage. D'ailleurs, l'intrigant va faire fortune. Il épouse sa folle, puisqu'il en est revenu ce soir passé minuit. Elle le battra, c'est tout ce que je lui souhaite pour m'avoir si bien attrapé.
Narration.
D'Argères, ou plutôt Adriani, car c'est sous ce nom que son existence avait pris de l'éclat, dormit mieux qu'il n'avait fait depuis huit jours. Il ferma sa lettre, qu'il voulait envoyer à Laure avant de la revoir, et goûta un repos délicieux, bercé par les riantes fictions de l'espérance. En s'éveillant, il sonna Comtois pour le charger de sa missive. Mais Comtois avait une figure et une attitude si extraordinaires, qu'il hésita à mettre son secret dans les mains d'un être bavard, sot et curieux.
—Voilà monsieur réveillé! fit Comtois d'un air qu'il croyait être goguenard et qui n'était que stupide. Sans doute monsieur a bien dormi? Il ne souffre pas du mal de dents, lui! Ce n'est pas comme moi, qui n'ai pas pu fermer l'œil: ce qui m'a conduit à lire de vieux journaux où j'ai trouvé des choses bien drôles!