—Libre à vous de dormir toute la journée, mon cher Comtois.
—Mais c'est que monsieur me laisse là dans un pays affreux, où je ne connais pas une âme… Et si monsieur ne revenait pas?
—Je compte revenir, Comtois, et je n'entreprends rien de tragique. Est-ce que j'ai l'air d'un homme qui va se noyer?
—Non, monsieur… Mais enfin… si monsieur prenait fantaisie d'aller plus loin sans moi…
—Vous m'êtes donc bien attaché, monsieur Comtois? dit Adriani d'un air moqueur.
—Ce n'est pas pour ça, répondit Comtois piqué; mais on est toujours inquiet quand on ne voit pas devant soi. Avec monsieur, on marche toujours dans les ténèbres.
—Ténèbres? dit Adriani en partant d'un éclat de rire qui acheva de mortifier Comtois. Il fait le plus beau soleil du monde, mon cher!
—N'importe, reprit Comtois irrité. Je ne connaissais pas monsieur pour un artiste; je suis entré à son service, de confiance, et je voudrais que monsieur prît la peine de me rassurer ou de me congédier.
—Fort bien! vous dédaignez les arts! dit Adriani, que les angoisses de son valet de chambre commençaient à divertir, et qui, en achevant de s'habiller, n'était pas fâché de lui rendre ses mépris en taquineries inquiétantes; c'est mal à vous, monsieur Comtois. Entre gens de rien, comme vous et moi, on devrait se soutenir, au lieu de se soupçonner.
—Aurait-il vu mon journal? pensa Comtois.