Ici, Manfred raconte l'épisode d'Astarté qui a le tort de ressembler à l'histoire de René et d'Amélie de M. de Chateaubriand; mais ceci s'est fait, à coup sûr, à l'insu de Byron: son génie était fait de telle sorte que les réminiscences y prenaient souvent la forme de l'inspiration. Puis Manfred reprend:

Je me suis plongé dans les profondeurs et les magnificences de mon imagination autrefois si riche en créations; mais, comme la vague qui se soulève, elle m'a rejeté dans le gouffre sans fond de ma pensée. Je me suis plongé dans le monde, j'ai cherché l'oubli partout, excepté là où il se trouve, et c'est ce qu'il me reste à apprendre. Mes sciences, ma longue étude des connaissances surnaturelles, tout cela n'est qu'un art mortel:—J'habite dans mon désespoir, et je vis et vis pour toujours!

Lorsque Manfred approche de son agonie, il s'adresse au soleil, et, admirant la nature comme Faust, il lui parle pourtant comme Faust n'eût pas su le faire:

Astre glorieux! tu fus adoré avant que fût révélé le
mystère de ta création! Dieu matériel! tu es le représentant
de l'inconnu, qui t'a choisi pour son ombre!

Dans la scène du commencement, qui ressemble si peu à celle de Faust, quoique Byron ait avoué cette ressemblance, Byron proclame encore l'immortalité de l'âme, en des termes plus clairs que les précédents:

LES GÉNIES.—Que veux-tu de nous, fils des mortels? parle!

MANFRED.—L'oubli… l'oubli de moi-même.

* * * * *

LE GÉNIE.—Cela n'est point dans notre essence, dans notre pouvoir, mais tu peux mourir.

MANFRED.—La mort me le donnera-t-elle?