LOUISE. Tu ne peux rien si tu ne peux pas me dire qu'il n'aime que moi.

MARIE. Je ne peux pas mentir pour t'égarer davantage. Tu l'aimes passionnément, je le vois, et lui, il vient de m'offrir, par dépit de ta pudeur, qu'il appelle méfiance et lâcheté, son insultant et banal hommage. A-t-il agi ainsi pour éveiller ta jalousie? Je le crois, car il m'a engagée à te dire sa trahison, et il se vante de nous brouiller ensemble.

LOUISE. Ah! alors... oui, j'ai déjà l'expérience de ses ruses affreuses!... Il veut me vaincre par le dépit!

MARIE. Est-ce là de l'affection, et te laisseras-tu prendre à ce jeu grossier, toi qu'Henri eût si loyalement aimée? M. Saint-Gueltas n'a aucun principe, tu le sais. Il ne voit dans l'amour que le plaisir et la vanité de troubler la conscience et de vaincre la pudeur. Au lendemain d'une conquête, il l'abandonne pour en essayer une autre. C'est comme sa méchante guerre de partisan, va! Il ruine et profane sans pitié ce qu'il terrasse, et il le laisse là sans remords et sans regret.

LOUISE. Ah! tu le hais trop pour ne pas l'aimer!

MARIE. Je ne le hais pas, je le dédaigne, comme ce qu'il y a de plus vain, de plus inconsistant et de moins héroïque au monde.

LOUISE. Tu nies jusqu'à sa bravoure?

MARIE. Non, mais j'en fais peu de cas. Le dernier de vos paysans qui se bat par fanatisme religieux est plus preux que lui, qui n'a que de l'ambition et que mène la fièvre d'une énergie brutale, maladie particulière à ces gentilshommes illettrés, espèces de fous à instincts sauvages qui noient dans le carnage et la débauche le tourment de leur oisiveté et le vide de leur intelligence. Ah! pardonne-moi. Louise! Ton père est un saint, et il y en a plusieurs comme lui dans votre armée; mais, puisque tu m'accuses de te disputer les regards du moins méritant, du plus souillé de vos prétendus héros, il faut que tu saches quelle indignation s'est amassée en moi contre l'abominable guerre que vous faites avec eux et les crimes dont, grâce à eux, vous semez la contagion... Oh! les cruautés sont égales de part et d'autre, je le vois, je le sais, je les déteste toutes; mais vous qui avez allumé l'incendie, vous êtes les vrais coupables, et j'ai horreur, à présent que je vous connais, de la sanglante et cynique autorité que vous vous flattez d'établir en France avec de pareils hommes!

LOUISE. Tu nous maudis, tu nous détestes? Je m'en doutais bien...

MARIE. Ton père déteste et maudit bien plus que moi l'entreprise où vous l'avez jeté!