CADIO. Alors, je n'y vais plus. Merci pour ta compagnie!

LA KORIGANE. Tu me méprises? tu me détestes?

CADIO. Non, je te plains.

LA KORIGANE. Si tu me plains, aime-moi, et je serai douce. Voyons, Cadio, je pourrais peut-être t'aimer encore. Tu n'es ni beau ni brave;... mais ta musique,--et puis l'habitude que j'avais de te suivre... Tu étais bon pour moi, tu me grondais...

CADIO. Ça ne te changeait pas.

LA KORIGANE. C'est ta faute, il fallait m'aimer. Quand j'ai senti parler mon coeur, si tu avais eu l'esprit de le comprendre, je ne serais pas où j'en suis.

CADIO. Où en es-tu donc?

LA KORIGANE. J'aime à présent quelqu'un qui ne me regarderait pas, si j'étais peureuse et pitoyable. C'est quelqu'un qui n'aime que le courage, et c'est pour lui que j'en ai. Il est méchant, lui, et je suis méchante. Il veut qu'on fasse le mal, et je le fais. S'il me commandait le bien, je ferais le bien. Quand il me dit une parole, si j'avais trois âmes, je les lui donnerais.

CADIO. C'est Saint-Gueltas, pas vrai? Eh bien, pourquoi est-ce que tu le quittes?

LA KORIGANE. Je le quitterais bien par dépit! mais je suis avec lui encore.