SCÈNE IV.--SAINT-GUELTAS, LA TESSONNIÈRE, ROXANE, un Postillon.

SAINT-GUELTAS. Taisez-vous, sacrebleu! taisez-vous! (Au postillon.) Tais-toi, butor! Et vous, imbéciles, qui allez en calèche dans de pareils chemins; descendez, et que le diable vous emporte!

ROXANE, (dans la calèche.) Oui, oui, arrêtez, j'aime mieux descendre.

LA TESSONNIÈRE, (dans la calèche.) Ouvrez la portière, ouvrez!

LE POSTILLON, (relevant son cheval.) Ouvrez vous-mêmes, mille noms de nom d'un tonnerre!

SAINT-GUELTAS, (faisant descendre Roxane et la Tessonnière.) Allons donc! et flanquez-nous la paix. Silence! (Roxane est dans un costume impossible, bonnet de coton, chapeau d'homme, robe de soie en lambeaux, cape de paysanne. La Tessonnière a un chapeau de femme, une couverture liée autour du corps avec des cordes et des rubans fanés; des pantoufles dans des sabots.)

ROXANE, (que Saint-Gueltas attire brusquement sur le marchepied de la voiture.) Ah! brutal, vous m'avez meurtri les bras! Ah ciel! pardon! c'est vous, cher marquis? Dieu nous vient en aide! mais vous m'avez fait bien mal...

SAINT-GUELTAS. Ah! tant pis pour vous, mademoiselle de Sauvières. Il fallait aller à Guérande, au lieu de vous obstiner à suivre une armée en déroute! Pourquoi diable à présent n'êtes-vous pas au centre de la marche avec les autres personnes gênantes?

LA TESSONNIÈRE, (bas, à Roxane.) Gênantes n'est pas poli!

ROXANE, (à Saint-Gueltas.) Vous nous faites des reproches!... Les bleus étaient derrière nous, la peur nous a saisis; j'ai donné deux louis à cet homme pour qu'il prît la tête. Il prétendait connaître la traverse... Enfin nous voilà!