CADIO. Rien, rien, dansez toujours! (A part, isolé et regardant Louise.) Saint-Gueltas! c'est lui, j'en suis sûr. Ah! voilà le réveil! Déjà! J'étais heureux, moi, de pouvoir la préserver. La voir gaie et tranquille un moment! si belle, si gracieuse à la danse,... et ma musette allait si bien!... J'étais comme dans un songe! j'oubliais tout!... et voilà le démon!
CORNY, (interrompant la danse.) Allons, allons, les amis! le festin vous attend! Ça n'est pas du fameux; vous savez la grand' misère, grand'misère! Y a des galettes, et des crêpes, et du cidre; et puis encore du cidre, des crêpes et des galettes. (Bas, au caporal.) Avec quatre ou cinq bouteilles de vin de Saintonge pour les amis qu'on a sous les drapeaux.
LES MILITAIRES et LES INVITÉS. Vive le père Corny!
ROXANE. Oui, oui! allons manger des crêpes! (Bas, à Rebec.) Allons, mauvais drôle, donne-moi le bras!
REBEC. Oui, aimable épouse; mais, essuyez donc votre rouge: ça va se voir aux lumières, et ça donnera des soupçons... (Ils rentrent tous dans la maison.)
SCÈNE III.--LOUISE, SAINT-GUELTAS, CADIO, qui se glisse derrière une charrette pour les observer.
LOUISE, que Saint-Gueltas retient. Vous dites... de la part de mon père? Parlez, parlez! nous sommes seuls.
SAINT-GUELTAS, (soulevant son chapeau.) Louise, c'est moi! votre père vous attend.
LOUISE, (étouffée par la joie.) Ah! merci, merci! Il est vivant! mon Dieu, merci! (Elle fond en larmes.)
SAINT-GUELTAS, (la faisant asseoir.) Il est à ses genoux. J'ai tenu ma parole, je suis tombé mourant à ses côtés. Lui... je ne dois pas vous cacher qu'il avait été blessé aussi.