SAINT-GUELTAS. Non, un mot les a tués! Quelqu'un leur a montré le château où ils s'obstinaient à pénétrer en leur disant: «Voilà le chemin!» C'était le pied de la falaise, et la marée montait!

RABOISSON. C'est le fidèle Tirefeuille qui a fait cette chose atroce?

SAINT-GUELTAS. Non; je ne dirai pas... je ne peux pas le dire.

RABOISSON. Tu me jures que cela s'est fait malgré toi?

SAINT-GUELTAS. Je te le jure.

RABOISSON. Eh bien, j'essayerai de ramener les esprits. Puisaye est tout à Charette; mais d'Hervilly commande l'expédition, et, si tu veux amener ici tes Poitevins...

SAINT-GUELTAS. Impossible. La trêve les a énervés. Les paysans nous trahissent et nous abandonnent. Le petit corps d'aventuriers qui me reste est à peine suffisant pour mettre mon château à l'abri d'un coup de main.

RABOISSON. Ainsi, en offrant toute une province soulevée pour recevoir, accueillir et défendre au besoin les princes, tu me trompais?

SAINT-GUELTAS. Je me faisais illusion; mais je sais où trouver de nombreux chefs de chouans dont les bandes éparses ne demandent qu'un nom prestigieux pour se réunir à moi. Ici, je n'ai qu'un mot à dire, et je suis encore le chef le plus populaire et le plus redoutable de l'insurrection.

RABOISSON. Rien n'est perdu, alors. Rassemble cette armée, et sois sûr que, quand elle paraîtra, les mandataires des princes feront bon marché du blâme qui pèse sur ta vie domestique.