SAINT-GUELTAS. Où elle est, je n'en sais rien. Elle s'est enfuie de chez moi pendant que je me rendais ici. On vient de me l'apprendre. Je sais qu'elle erre dans les environs, guettant le moment de s'embarquer ou de faire pis.
RABOISSON. Comment! Louise te quitte? Elle te trompait? C'est impossible!
SAINT-GUELTAS. Louise me trompait en ce sens qu'elle cherchait depuis longtemps à s'assurer une autre protection que la mienne; elle me menaçait sans cesse de me quitter. Elle est injuste, impérieuse, dévorée de jalousie, aigrie par le chagrin; notre enfant n'a pas vécu. Enfin elle a dû nouer à mon insu des intelligences avec nos ennemis... peut-être avec son cousin Sauvières, qui est maintenant, je le sais, auprès de M. Hoche. Je ne l'accuse pas d'infidélité, mais je vois qu'elle est lâche, et je n'entends pas qu'elle aussi déshonore le nom que tu m'as forcé de lui donner.
RABOISSON. J'ai fait pour elle tout ce que je devais, tout ce que je pouvais. Elle a voulu être ta femme, c'est à elle d'en accepter les conséquences. Le jour va paraître, je te quitte. Tu m'as dit ton dernier mot? Tu ne veux pas te joindre à nous?
SAINT-GUELTAS. Pas encore.
RABOISSON. Ce n'est ni patriotique ni fraternel. Tu te proposes de venir ramasser nos morts sur le champ de bataille? J'en serai peut-être; reçois donc mes adieux.
SAINT-GUELTAS. Sois tranquille, je vous vengerai.
REBEC, (frappant à la porte de la cuisine.) Ouvrez! ouvrez!
RABOISSON, (allant ouvrir.) Qu'est-ce qu'il y a?
REBEC. Les bleus! les bleus! Ils envahissent le village...