HENRI, (paraissant.) Ne t'inquiète pas, mon brave, je suis là. (Motus fait le salut militaire et s'éloigne.)
CADIO, (surpris de voir Henri.) Toi? (Voyant Marie.) Et vous? Où est mademoiselle...?
HENRI. En sûreté, nous y avons pourvu.
CADIO. Vous savez donc ce qui s'est passé tantôt?
MARIE. Elle nous l'a dit. Elle t'admire et te bénit, Cadio!
CADIO, (avec amertume.) Vraiment! Elle est émerveillée de se trouver libre au moment où, pour sauver son amant, elle consentait à suivre son mari?
HENRI. Tu crois donc toujours l'être?
CADIO. Non, elle ne m'est plus rien. Moi aussi, je suis libre; j'oublierai.
MARIE. Que venais-tu donc faire dans cette solitude, Cadio?
CADIO. Je ne venais pas me brûler la cervelle. J'appartiens à la patrie; je suis tout à elle, à présent que je n'ai plus d'injure à venger. Je venais ici chercher le calme que j'y trouve quelquefois C'est le couvent où j'ai failli être moine. Je me demande si ce n'était pas là ma destinée! Je serais chassé, je serais errant aujourd'hui; mais j'aurais dans l'esprit une idée fixe: celle de me préserver de l'amour pour plaire à Dieu, tandis que je m'en suis préservé pour remplir un devoir chimérique, celui de rester digne d'une femme qui me méprisait.