SAINT-GUELTAS. Au revoir, monsieur le comte! (Il le salue profondément, regarde Louise avec passion, baise le brassard et se retire en faisant signe à Raboisson, qui le suit.)

LE COMTE, (à Mézières.) Fais tout préparer pour le départ. Il faut que nous soyons hors d'ici dans une heure. (Mézières sort.)

LA TESSONNIÈRE. Dans une heure! vous n'aurez pas le temps d'emporter vos meubles. Songez donc que les républicains viendront piller ici dès qu'ils sauront la folie que nous faisons!

LE COMTE. Ils feront peut-être pis!--Ah! ma fille! dis adieu à ton berceau!

LOUISE. Je suis résignée à tout, mon père! J'ai tout prévu; et pardonnez-moi la fièvre de joie que je ressens. Enfin vous voilà rendu à vous-même! (Elle l'embrasse.) Nous ne ferons plus qu'une âme et un coeur...

LE COMTE. Et Henri!... tu ne songes pas à lui?

LOUISE. Votre exemple le décidera. En apprenant vos dangers, il accourra pour vous couvrir de son corps... S'il ne le faisait pas, je le mépriserais!... Ah! c'est Dieu qui le veut, allez! Partons, partons! je vais donner des ordres.

LA TESSONNIÈRE. Songez à une voiture... On me permettra bien de marcher avec les femmes... pour les défendre?

LOUISE. Je monterai à cheval, mon ami; vous, vous irez en voiture avec ma tante.

ROXANE, (entrant.) Où donc?