HENRI, (se levant.) Et après ça?
LE CAPITAINE. C'est la proscription ou la guillotine. J'en prendrai mon parti comme tant d'autres.
HENRI. La guillotine tranche les têtes, elle ne tranche pas les questions.
LE CAPITAINE. Elle délivre de la vie celui que l'on veut forcer à faire le mal.
HENRI. En le prenant comme ça, c'est un suicide, alors?
LE CAPITAINE. Je l'accepte.
HENRI. Un suicide est une lâcheté.
LE CAPITAINE, (tressaillant.) Une lâcheté?
HENRI. Oui, mon capitaine, toujours! Je ne suis pas un grand raisonneur, moi; mais on m'a appris ça ici dès mon enfance. L'homme qui se tue donne sa démission et se déclare inutile. On m'a dit aussi qu'un homme représentait toujours une force quelconque, et qu'il n'avait pas le droit de la supprimer, parce qu'il ne la tient pas de lui-même: c'est Dieu qui la lui a confiée. Il faut donc choisir entre ce qui est bien et ce qui est mal. Si la Révolution est un mal, il faut l'abandonner et se jeter résolûment dans le parti contraire.
LE CAPITAINE. Le parti royaliste? Jamais quant à moi! Il m'inspire des répugnances invincibles.