«—Nous l'avons quitté encore paré des roses de l'adolescence, dit-il à sa soeur, et souvent, hélas! en proie à une sorte de fièvre intérieure qui faisait éclater sa voix et briller ses regards; nous le retrouvons bruni par le soleil des contrées méridionales, un peu creusé par la fatigue peut-être, et de plus entouré de la gravité qui convient à un homme fait. Ne trouvez-vous pas, ma chère soeur, qu'il est mieux ainsi?

«—Je lui trouve l'air bien triste sous cette gravité, répondit ma bonne tante, et je n'ai jamais vu un homme de vingt-huit ans aussi flegmatique et aussi peu discoureur. Il nous répond par monosyllabes.

«—Monsieur le comte a toujours été fort sobre de paroles, répondit l'abbé.

«—Il n'était point ainsi autrefois, dit la chanoinesse. S'il avait des semaines de silence et de méditation, il avait des jours d'expansion et des heures d'éloquence.

«—Je ne l'ai jamais vu se départir, reprit l'abbé, de la réserve que votre seigneurie remarque en ce moment.

«—L'aimiez-vous donc mieux alors qu'il parlait trop, et disait des choses qui nous faisaient trembler? dit le comte Christian à sa soeur alarmée; voilà bien les femmes!

«—Mais il existait, dit-elle, et maintenant il a l'air d'un habitant de l'autre monde, qui ne prend aucune part aux affaires de celui-ci.

«—C'est le caractère constant de monsieur le comte, répondit l'abbé; c'est un homme concentré, qui ne fait part à personne de ses impressions, et qui, si je dois dire toute ma pensée, ne s'impressionne de presque rien d'extérieur. C'est le fait des personnes froides, sensées, réfléchies. Il est ainsi fait, et je crois qu'en cherchant à l'exciter, on ne ferait que porter le trouble dans cette âme ennemie de l'action et de toute initiative dangereuse.

—Oh! je fais serment que ce n'est pas là son vrai caractère! s'écria la chanoinesse.

—Madame la chanoinesse reviendra des préventions qu'elle se forme contre un si rare avantage.