«Savez-vous, perfide Porporina, dit Amélie à sa compagne en s'asseyant tout près d'elle pour chuchoter librement à son oreille, que vous faites merveille sur mon cousin?

—Je ne m'en aperçois pas beaucoup jusqu'ici, répondit Consuelo.

—C'est que vous ne daignez pas vous apercevoir de ses manières avec moi. Depuis un an, il ne m'a pas offert une seule fois la main pour passer à table ou pour en sortir, et voilà qu'il s'exécute avec vous de la meilleure grâce! Il est vrai qu'il est dans un de ses moments les plus lucides. On dirait que vous lui avez apporté la raison et la santé. Mais ne vous fiez point aux apparences, Nina. Ce sera avec vous comme avec moi. Après trois jours de cordialité, il ne se souviendra pas seulement de votre existence.

—Je vois, dit Consuelo, qu'il faut que je m'habitue à la plaisanterie.

—N'est-il pas vrai, ma petite tante, dit à voix basse Amélie en s'adressant à la chanoinesse, qui était venue s'asseoir auprès d'elle et de Consuelo, que mon cousin est tout à fait charmant pour la chère Porporina?

—Ne vous moquez pas de lui, Amélie, répondit Wenceslawa avec douceur; mademoiselle s'apercevra assez tôt de la cause de nos chagrins.

—Je ne me moque pas, bonne tante. Albert est tout à fait bien ce matin, et je me réjouis de le voir comme je ne l'ai pas encore vu peut-être depuis que je suis ici. S'il était rasé et poudré comme tout le monde, on pourrait croire aujourd'hui qu'il n'a jamais été malade.

—Cet air de calme et de santé me frappe en effet bien agréablement, dit la chanoinesse; mais je n'ose plus me flatter de voir durer un si heureux état de choses.

—Comme il a l'air noble et bon! dit Consuelo, voulant gagner le coeur de la chanoinesse par l'endroit le plus sensible.

—Vous trouvez? dit Amélie. la transperçant de son regard espiègle et moqueur.