«O Consuelo, Consuelo! te voilà donc enfin trouvée!

—Consuelo? s'écria la jeune fille interdite, en s'exprimant dans la même langue. Pourquoi, seigneur, m'appelez-vous ainsi?

—Je t'appelle consolation, reprit Albert toujours en espagnol, parce qu'une consolation a été promise à ma vie désolée, et parce que tu es la consolation que Dieu accorde enfin à mes jours solitaires et funestes.

—Je ne croyais, pas, dit Amélie avec une fureur concentrée, que la musique pût faire un effet si prodigieux sur mon cher cousin. La voix de Nina est faite pour accomplir des miracles, j'en conviens; mais je ferai remarquer à tous deux qu'il serait plus poli pour moi, et plus convenable en général, de s'exprimer dans une langue que je puisse comprendre.»

Albert ne parut pas avoir entendu un mot de ce que disait sa fiancée. Il restait à genoux, regardant Consuelo avec une surprise et un ravissement indicibles, lui répétant toujours d'une voix attendrie:—Consuelo, Consuelo!

«Mais comment donc vous appelle-t-il? dit Amélie avec un peu d'emportement à sa compagne.

—Il me demande un air espagnol que je ne connais pas, répondit Consuelo fort troublée; mais je crois que nous ferons bien d'en rester là, car la musique paraît l'émouvoir beaucoup aujourd'hui.»

Et elle se leva pour sortir.

«Consuelo, répéta Albert en espagnol, si tu te retires de moi, c'en est fait de ma vie, et je ne veux plus revenir sur la terre!»

En parlant ainsi, il tomba évanoui à ses pieds; et les deux jeunes filles, effrayées, appelèrent les valets pour l'emporter et le secourir.