—Peut-être, si je pouvais savoir la suite. Oh! que ne donnerais-je pas pour comprendre le bohême! Je veux l'apprendre.

—Ce n'est pas tout à fait aussi facile que l'italien ou l'espagnol; mais vous êtes si studieuse, que vous en viendrez à bout si vous voulez: je vous l'enseignerai, si cela peut vous faire plaisir.

—Vous serez un ange. A condition, toutefois, que vous serez plus patiente comme maîtresse que vous ne l'êtes comme élève. Et maintenant que dit ce Zdenko?

—Maintenant ce sont ses montagnes qui parlent.

«Pourquoi, montagne rouge, toute rouge, as-tu écrasé la montagne toute noire? et toi, montagne blanche, toute blanche, pourquoi as-tu laissé écraser la montagne noire, toute noire?»

Ici Zdenko se mit à chanter avec une voix grêle et cassée, mais d'une justesse et d'une douceur qui pénétrèrent Consuelo jusqu'au fond de l'âme. Sa chanson disait:

«Montagnes noires et montagnes blanches, il vous faudra beaucoup d'eau de la montagne rouge pour laver vos robes:

«Vos robes noires de crimes, et blanches d'oisiveté, vos robes souillées de mensonges, vos robes éclatantes d'orgueil.

«Les voilà toutes deux lavées, bien lavées; vos robes qui ne voulaient pas changer de couleur; les voilà usées, bien usées, vos robes qui ne voulaient pas traîner sur le chemin.

«Voilà toutes les montagnes rouges, bien rouges! Il faudra toute l'eau du ciel, toute l'eau du ciel, pour les laver.»