—Et vous, mon brave? dit M. Mayer en s'adressant à Joseph en allemand, ne jouez-vous que du violon?

—Pardon, Monsieur, répondit Joseph qui prenait confiance à son tour en voyant que le bon Mayer ne causait aucun embarras à Consuelo; je joue un peu de plusieurs instruments.

—Lesquels, par exemple?

—Le piano, la harpe, la flûte; un peu de tout quand je trouve l'occasion d'apprendre.

—Avec tant de talents, vous avez grand tort de courir les chemins comme vous faites; c'est un rude métier. Je vois que votre compagnon, qui est encore plus jeune et plus délicat que vous, n'en peut déjà plus, car il boite.

—Vous avez remarqué cela? dit Joseph qui ne l'avait que trop remarqué aussi, quoique sa compagne n'eût pas voulu avouer l'enflure et la souffrance de ses pieds.

—Je l'ai très-bien vu se traîner avec peine jusqu'au bateau, reprit Mayer.

—An! que voulez-vous, Monsieur! dit Haydn en dissimulant son chagrin sous un air d'indifférence philosophique: on n'est pas né pour avoir toutes ses aises, et quand il faut souffrir, on souffre!

—Mais quand on pourrait vivre plus heureux et plus honnête en se fixant! Je n'aime pas à voir des enfants intelligents et doux, comme vous me paraissez l'être, faire le métier de vagabonds. Croyez-en un bon homme qui a des enfants, lui aussi, et qui vraisemblablement ne vous reverra jamais, mes petits amis. On se tue et on se corrompt à courir les aventures. Souvenez-vous de ce que je vous dis là.

—Merci de votre bon conseil, Monsieur, reprit Consuelo avec un sourire affectueux; nous en profiterons peut-être.