—C'est vrai! répondit-il sans humeur; je crois que je l'avais oublié; cela m'arrive souvent quand je compose, et je ne m'en aperçois que dans la journée, quand j'éprouve des tiraillements d'estomac et des spasmes.

—Et alors, tu bois de l'eau-de-vie, maître?

—Qui t'a dit cela, petite sotte?

—J'ai trouvé la bouteille.

—Eh bien, que t'importe? Ne vas-tu pas m'interdire l'eau-de-vie?

—Oui, je te l'interdirai! Tu étais sobre à Venise, et tu te portais bien.

—Cela, c'est la vérité, dit le Porpora avec tristesse. Il me semblait que tout allait au plus mal, et qu'ici tout irait mieux. Cependant tout va de mal en pis pour moi. La fortune, la santé, les idées… tout!» Et il pencha sa tête dans ses mains.

«Veux-tu que je te dise pourquoi tu as de la peine à travailler ici? reprit Consuelo qui voulait le distraire, par des choses de détail, de l'idée de découragement qui le dominait. C'est que tu n'as pas ton bon café à la vénitienne, qui donne tant de force et de gaieté. Tu veux t'exciter à la manière des Allemands, avec de la bière et des liqueurs; cela ne te va pas.

—Ah! c'est encore la vérité; mon bon café de Venise! c'était une source intarissable de bons mots et de grandes idées. C'était le génie, c'était l'esprit, qui coulaient dans mes veines avec une douce chaleur. Tout ce qu'on boit ici rend triste ou fou.

—Eh bien, maître, prends ton café!