Je ne l'y trouvai pas, et, laissant le fidèle Bibi sur sa bonne foi, je redescendis à pied, en droite ligne, jusqu'à la roche Sanadoire. La lune éclairait vivement. J'y voyais comme en plein jour. Je ne fus donc pas longtemps sans découvrir maître Jean assis sur un débris, les jambes pendantes et reprenant haleine.

—Ah! ah! c'est toi, petit malheureux! me dit-il. Qu'as-tu fait de mon pauvre cheval?

—Il est là, maître, il vous attend, répondis-je.

—Quoi! tu l'as sauvé? Fort bien, mon garçon! Mais comment as-tu fait pour te sauver toi-même? Quelle effroyable chute, hein?

—Mais, monsieur le professeur, nous n'avons pas fait de chute!

—Pas de chute? L'idiot ne s'en est pas aperçu! Ce que c'est que le vin! le vin!… O vin! vin de Chanturgue, vin de Chante-orgue… beau petit vin musical! J'en boirais bien encore un verre! Apporte, petit! Viens ça, doux sacristain! Frère, à la santé! A la santé des titans! A la santé du diable!

J'étais un bon croyant. Les paroles du maître me firent frémir.

—Ne dites pas cela, maître, m'écriai-je. Revenez à vous, voyez où vous êtes!

—Où je suis? reprit-il en promenant autour de lui ses yeux agrandis, d'où jaillissaient les éclairs du délire; où je suis? où dis-tu que je suis? Au fond du torrent? Je ne vois pas le moindre poisson!

—Vous êtes au pied de cette grande roche Sanadoire qui surplombe de tous les côtés. Il pleut des pierres ici, voyez, la terre en est couverte. N'y restons pas, maître. C'est un vilain endroit.