—Roche Sanadoire! reprit le maître en cherchant à soulever sur son front son chapeau qu'il avait sous le bras. Roche Sonatoire, oui, c'est là ton vrai nom, je te salue entre toutes les roches! Tu es le plus beau jeu d'orgues de la création. Tes tuyaux contournés doivent rendre des sons étranges, et la main d'un titan peut seule te faire chanter! Mais ne suis-je pas un titan, moi? Oui, j'en suis un, et, si un autre géant me dispute le droit de faire ici de la musique, qu'il se montre!… Ah! ah! oui-da! Ma cravache, petit? où est ma cravache?

—Quoi donc, maître? lui répondis-je épouvanté, qu'en voulez-vous faire? est-ce que vous voyez?…

—Oui, je vois, je le vois, le brigand! le monstre! ne le vois-tu pas aussi?

—Non, où donc?

—Eh parbleu! là-haut, assis sur la dernière pointe de la fameuse roche Sonatoire, comme tu dis!

Je ne disais rien et ne voyais rien qu'une grosse pierre jaunâtre rongée par une mousse desséchée. Mais l'hallucination est contagieuse et celle du professeur me gagna d'autant mieux que j'avais peur de voir ce qu'il voyait.

—Oui, oui, lui dis-je, au bout d'un instant d'angoisse inexprimable, je le vois, il ne bouge pas, il dort! Allons-nous-en! Attendez! Non, non, ne bougeons pas et taisons-nous, je le vois à présent qui remue!

—Mais je veux qu'il me voie! je veux surtout qu'il m'entende! s'écria le professeur en se levant avec enthousiasme. Il a beau être là, perché sur son orgue, je prétends lui enseigner la musique, à ce barbare!—Oui, attends, brute! Je vais te régaler d'un Introït de ma façon.—A moi, petit! où es-tu? Vite au soufflet! Dépêche!

—Le soufflet? Quel soufflet? Je ne vois pas…

—Tu ne vois rien! là, là, te dis-je!