Il sortit. Je restai encore une fois seul avec Cora, et cette fois elle avait une affaire délicate à traiter avec moi: elle allait me confier un secret peut-être, une peine de son coeur, un malheur de sa destinée: ah! sans doute, il y avait un grand et profond mystère dans la vie de cette fille si mélancolique et si belle! son existence ne pouvait pas être arrangée comme celle des autres. Le ciel ne lui avait pas départi une si miraculeuse beauté sans la lui faire expier par des trésors de douleur. Enfin, me disais-je, elle va les épancher dans mon sein, et je pourrai peut-être en prendre une partie pour la soulager!

Elle resta un peu confuse devant moi. Puis elle fouilla dans la poche de son tablier de taffetas noir et en tira un papier plié.

—En vérité, Monsieur, dit-elle, c'est bien peu de chose: je ne sais pourquoi mon père me charge de vous le dire; il devrait savoir qu'un homme d'esprit comme vous ne s'offense pas d'une demande toute naturelle.... Sans tout ce qu'il vient de dire, je ne serais pas embarrassée, mais....

—Achevez, au nom du ciel, m'écriai-je avec ferveur; ô Cora! si vous connaissiez mon coeur, vous n'hésiteriez pas un instant à m'ouvrir le vôtre.

—Eh bien, Monsieur, dit Cora émue, voici ce dont il s'agit. Elle déplia le papier et me le présenta. J'y jetai les yeux, mais ma vue était troublée, ma main tremblante, il me fallut prendre haleine un instant avant de comprendre. Enfin je lus: «Doit M. Georges à M***, épicier droguiste, pour objets de consommation fournis durant sa maladie....

12 l. cassonade pour sirops et tisanes, ci.

Savon fourni à sa garde-malade, ci-contre.

Chandelle. . . . . . . . . . . . . . . . .

Centaurée fébrifuge, etc., etc. . . . . . .

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