Le mien est au collège et se comporte de manière à mériter dans son régiment l'estime de ses CHÈFRES et l'amitié de ses camarades. Ma fille est de la taille du plus jeune éléphant de la ménagerie royale. Elle a horreur des gens de lettres, elle les traite de polissons et de mâtins. En tout, elle annonce les plus brillantes dispositions. Moi, j'ai été longtemps et beaucoup malade. Je vais très bien depuis que j'ai consulté un habile médecin, lequel m'a dit de me distraire et d'éviter les contrariétés; ce qui m'a paru très profond, très neuf, et très aisé à faire surtout.

Je fais toujours des livres et suis assez bien dans mes affaires maintenant. J'irai au pays avec mon fils à l'époque des vacances. Vous me présenterez l'héritier présomptif et je vous embrasserai tous de bien bon coeur. Adieu, mon ami.

Tout à vous.

AURORE.

CVII

A M. FRANÇOIS ROLLINAT, A CHATEAUROUX

21 novembre 1833.

La présente est pour te dire, mon brave ami, que je vais bientôt te voir. Mademoiselle Decerf épouse mon Gaulois, qui est Alphonse Fleury, et j'irai à leur noce.

Je te verrai en passant et en repassant. Tu trouveras peut-être quelque jour dans la quinzaine pour t'échapper et venir faire du Werther avec moi: parler de rasoirs anglais de damnation éternelle et autres facéties, sous la grande voûte étoilée qu'on voit si bien chez nous. Ne crains pas de me voir rire de tes ennuis et de tes chagrins: je ne suis pas dangereuse en ce genre; le lendemain du jour où je t'aurais persiflé, tu aurais ta revanche. Mes jours ne ressemblent guère les uns aux autres, et c'est pour moi que fut inventé le proverbe: «Tel qui rit vendredi, etc.»

Pour le moment, je suis dans les mêmes sentiments qu'à ma dernière lettre. Je serai heureuse de revoir mon pays et mes amis. Ce sont de vieux liens qu'on ne rompt pas. Si mon retour peut adoucir un peu ton spleen, accueille-le donc avec toute ta bonne affection pour moi.