Je n'ai pas vu madame Montgolfier. Elle m'a écrit et m'a envoyé votre lettre. Je lui répondrai à Lyon, je n'en ai pas encore eu le temps.
Cette lettre de vous est la troisième à laquelle je n'avais pas encore répondu. Je vous en donne aujourd'hui pour votre argent.—Bonjour! il est six heures du matin. Le rossignol chante, et l'odeur d'un lilas arrive jusqu'à moi par une mauvaise petite rue tortueuse, noire et sale, que j'habite au sein de la jolie ville de la Châtre, sous-préfecture recommandable, où ma pauvre poésie se bat les flancs contre l'atmosphère mortelle. Si vous voyiez ce séjour, vous ne comprendriez pas que je m'en accommode; mais j'y ai de bons amis, des hôtes excellents, et, à deux pas de la ville, des promenades charmantes, une Suisse en miniature.
Adieu, cher Franz. Dites à Marie que je l'aime, que c'est à son tour de m'écrire; au docteur Ratto, qu'il est un pédant, parce qu'il ne m'écrit pas. Vous, je vous embrasse de coeur.
J'oubliais de vous dire que j'ai fait un roman en trois volumes in-octavo, rien que ça! Je ne peux pas le faire paraître avant la fin de mon procès, parce qu'il est trop républicain. Buloz, qui l'a payé, enrage[3].—Vous, qu'est-ce que c'est que toute cette musique que vous faites? Quand, où et comment l'entendrai-je? Que vous êtes heureux d'être musicien!
GEORGE.
[1] Femme de lettres.
[2] Le docteur David Richard, savant phrénologiste, ami de l'abbé de
Lamennais et de Charles Didier.
[3] Engelvald, roman dont l'action se passait au Tyrol et qui fut
détruit.
CXLIII
A M. AUGUSTE MARTINEAU-DESCHENEZ, A PARIS
La Châtre. 23 mai 1836.
J'espère, mon enfant, que tu me pardonnes de ne t'avoir pas écrit la victoire que les tribunaux m'ont accordée.